Et bien voila ! Une fois de plus, de nombreuses heures se sont écoulées entre ma dernière mise à jour et cet article-ci. Non pas que la censure chinoise me frappe encore, non non non ! Depuis la dernière fois, et grâce à l'intervention de SAS Romrom, j'ai les moyens de contourner les moyens mis en place pour me contourner ! Encore faut-il, pour cela, que je puisse accéder à Internet. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, non content de me voir sans ordinateur à moi, le monde me prive à présent de mon cordon ombilicalo-virtuel : le wifi. D'accord, d'accord, je sais que je n'ai pas vraiment le droit de râler puisque je squattais une connexion dont j'ignore le véritable possesseur, mais bon... Ce n'est pas une raison pour m'empêcher de me connecter quand même. Or c'est ce qu'il se passe depuis plus d'une semaine : mei you Internet ! Certes, j'accède toujours à mes mails - parce que je suis un squatteur né et que j'ai toujours la possibilité d'emprunter temporairement un laptop par-ci, une connexion par-là ; le LOgO est équipé du net maintenant aussi, donc je profite de mes nombreuses heures de présence en ce lieu pour garder quelques contacts avec l'immensité du Monde ; et pourtant....
Pourtant vous me connaissez, vous savez combien j'aime prendre du temps pour vous raconter mes aventures, pour vous rapporter mes étonnements et mes curiosités, pour vous offrir des heures de lecture pendant vos temps plus ou moins libres. Voila pourquoi je passe autant de lignes, dès que je me lance dans la composition d'un nouvel article, à me plaindre de mon absence de connexion ou de la force du Firewall made in China. C'est plus fort que moi, j'en souffre terriblement. Internet, quelque part, c'est comme le sexe : on s'en passe très bien tant qu'on ne sait pas vraiment ce que c'est ! Qu'on s'y essaie une seule fois et l'engrenage se met en marche : inlassablement, le cycle du manque vous frappe et vous plonge dans une profonde neurasthénie. Alors c'est sûr, en un sens, c'est mieux pour vous. Les feignants qui ne supportent pas de lire mes longs écrits peuvent prendre le temps de le faire sans craindre de prendre du retard. Ceux qui oublient la plupart du temps que j'ai fait un blog peuvent s'offrir le loisir de n'y venir qu'une fois tous les quinze jours, et encore... Mais moi, dans tout ça, moi... Et bien j'en souffre, je vous assure ! J'aimerais tellement pouvoir accéder à mon blog quand j'en ai envie, poster plus de commentaires stupides et de conneries à tous vents ; mettre plus de photos aussi. Et être fidèle. Fidèle à ce qu'il m'arrive ici, fidèle aux innombrables péripéties et retournements à la 24H Chrono qui ne cessent de chambouler mon existence dans l'Empire du Milieu. Fidèle à mes amis, vous tous, que j'essaie tant bien que mal d'emmener avec moi au pays de ma folie, comme je l'ai toujours fait.
Voila pourquoi je regrette tant de ne pas avoir ma propre connexion. Et si j'en vois parmi vous qui laissent échapper un soupir de soulagement, sachez que j'aimerais vraiment pouvoir inonder bien plus les ondes de mon blog avec le récit de mes aventures. Parfois même juste une photo, rien de plus. Un truc bizarre que j'ai vu, des choses incompréhensibles que j'ai constatées, le tumulte permanent de la vie à Shanghai... Hélas, je ne le puis. Comme disait l'Autre, "Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire". Même si ce n'est pas vraiment vrai... ^^ Mais bon, vous savez bien que ma schyzophrénie se double parfois d'une certaine paranoïa.
Bref, comme vous aurez pu le comprendre au filigrane de mes tergiversations plaintives, il ne cesse de m'arriver plein de choses. "C'est la vie!" - en français dans le texte. Niveau musique, je mène mon petit bonhomme de chemin. Tous les vendredis, nous continuons avec succès les soirées One Love, ponctuées de nouvelles têtes - de plus en plus chinoises, à mon grand plaisir ; parce que c'est sympa de voir des blancs, mais autant rester en France si ce n'est que pour voir ces gens-là! - de nouveaux guests et friends qui viennent apporter leur contribution musicale et festive à notre entreprise ; d'heures d'euphorie enfumée, musicale et liquide... ^^
Un évènement intéressant à noter par rapport aux One Love's : la présence dans la salle, le vendredi 1er Décembre, de Monsieur Kode 9, fier représentant londonien de la scène dubstep internationale - cf. un aperçu de Kode 9 - venu faire quelques dates en Chine. Il devait faire une date à Shanghai le lendemain, et la Dj - oui, j'ai bien dit "la" - qui organisait sa venue nous a fait le plaisir de l'emmener à notre soirée. J'ai donc eu la chance et le plaisir de discuter quelques heures avec lui et de lui faire passer une excellente soirée - grâce à tous le Uprooted Sunshine bien évidemment. En guise de cadeau, j'ai également été invité à venir en tant que MC, le lendemain au Bonbon - fancy club local dont je vous ai déjà parlé - pour sa soirée. Il se trouve que Dj I fais la première partie, je serai donc en terrain connu. J'accepte sans hésitation, vous me connaissez bien ! ^^
Ainsi, comme souvent depuis que je suis à Shanghai, mon planning se monte au dernier moment, et j'apprends le samedi, à 3h du matin, que je vais jouer le soir à 23h. J'adore ça. C'est un mélange de bordel et d'organisation, une sorte de paradoxe en live auquel je participe allègrement. Comme vous pouvez vous en douter, la soirée était bien sympa, le son énorme, la basse violente et massive - selon le dicton populaire du "si ça fait mal, c'est que ça fait du bien!" - et l'expérience excellente. Je vous invite à faire un tour sur SmartShanghai pour constater les réactions et les commentaires de certains, avec quelques autres photos à l'appui. Nous avons fini à 6h du mat au Y Y, bar très connu à Shanghai par les expats depuis près de 10 ans, et j'ai même eu droit à deux albums de Kode 9, non dédicacé, parce que j'ai pendu la midinette qui vivait en moi il y a bien des années... ^^
En brève et en express, en ce qui concerne la musique - après tout, c'est mon travail ici les enfants ! - j'ai chanté à une soirée privée organisée par 42Below, une marque d'alcool qui fait de l'excellente vodka et un rhum exquis produit...à Tahiti ! ^^ J'en ai d'ailleurs récupéré une bouteille pour ma conso personnelle. J'ai également animé avec mon compère Blaise a.k.a. Deville une soirée Mad Hat dans le restaurant que gère sa colocataire. Thème de la soirée, bien évidemment, les chapeaux les plus fous, les plus barrés et les plus originaux. 500 kwais à la clé, et votre serviteur-écrivain en tant que juge du concours. L'espace d'un instant, à l'apogée du contest, je n'étais plus MC Didje, je n'étais plus Didjelirium, je n'étais même plus Charles Perez - en même temps, si quelqu'un sait qui il est vraiment, ça m'intéresse. PM me !^^ - j'étais devenu G.O. du Club Med divertissant une foule éthylique ornée de chapeaux. Et un bon trip, un ! Le personnage du G.O., ça faisait bien longtemps que je ne l'avais pas vu émerger des circonvolutions de mon esprit celui-là! Au final, tout le monde était content, et c'est ce qui compte. A tel point que le 16 Décembre, la copine a décidé de remettre ça. Ca va devenir une régulière. Moi je m'en fous. Qui dit "soirée régulière" dit "travail régulier"... Pourquoi s'en priver ?
Ainsi, la musique me porte toujours autant, et je n'en suis pas moins heureux qu'à mon arrivée. C'est tellement bon, n'est-ce pas ? Et là, c'est à tous mes amis musiciens de France et du Monde que je m'adresse, tous ceux qui luttent pour que la créativité et la musicalité ne nous abandonnent pas de suite... "Artistes de tous les pays, unissez-vous!" Etrangement, je pense que cette phrase aux accents communistes passerait très mal en République Populaire de Chine. En effet...
En effet, et là je me politise un peu - malgré mon aversion pour cette activité - il faut bien avoir conscience que le firewall chinois n'agit pas qu'au niveau virtuel. Il est avant tout efficace au plus bas degré de la concrétisation actuelle : la vie de tous les jours. En tant que philosophe, c'est aussi pour cette raison que je voulais vivre l'expérience chinoise. Un pays où la liberté d'expression est une notion aléatoire sujette à tous les tabous, voilà une expérience qu'elle est bonne ! C'est en vivant ici - et en discutant avec les gens de tous les horizons que l'on croise en permanence - que l'on comprend l'image critique et internationale du français comme le "râleur professionnel". The professional striker, like i sometimes hear. Et c'est tellement vrai. Ahhh ça ferait du bien à pas mal de français de vivre un peu à la chinoise. Ca leur passerait l'envie de faire la grève et de porter des pancartes une balle dans la tête au milieu d'une place poussiéreuse. Non pas que j'encourage cet acte, quand même... quoique... ^^ - Rhoooo, oui, je sais, je suis scandaleux... Mmmmh... Merci de me le faire remarquer. Mais quand même, lorsque l'on a vécu dans le contexte français du débordement libertaire, on constate d'autant plus la rectitude chinoise. Et la musique n'y échappe pas, au contraire. Parce que les chansons, les lyrics - surtout si ce n'est pas en chinois - le gouvernement peut difficilement appliquer son contrôle. La musique, comme tout art, est un moyen d'expression, de libre-expression même. Et ça, les chinois d'en haut, ils aiment pas. Alros on bloque, on ferme, on interdit. Shanghai est une ville fertile. Les buildings poussent, ainsi font les clubs et les bars. Tous les mois, on peut faire le bilan du nombre de bars fermés, de clubs interdits, de lieux festifs bannis. Les raisons ne sont pas toujours évidentes. Ici, ca marche comme ça. Les vrais faux-contrats, les pressions diverses, les conflits d'intérêts, les traffics d'influence... Au jours le jour, tout ça est vérifiable. Nombre de lieux qui proposaient une scène pour du live music ont du se résigner à ne plus le faire, sous peine de ne plus pouvoir ouvrir du tout. C'est triste mais c'est comme ça. Et c'est pourquoi ça fait plaisir de rencontrer des gens, des artistes, des intellectuels, des journalistes, des personnes concernées et qui militent, chacune à leur niveau, pour que la liberté musicale puisse un peu s'étendre en Chine. L'ancienne Fabrique, nouvellement 4Live, affiche la couleur dans son nom : une place pour de la scène. Et ils en ont une très bien d'ailleurs. Normalement, si tout se passe bien, on devrait faire Shanghai by Bus II là-bas, le 13 Janvier. Après, on est en Chine. J'ai confiance parce que j'ai un bon contact avec la manager, Zooma, un chinois qui se produit également avec son groupe de... reggae ! Il m'a fait chanté avec lui mercredi dernier. En tant que musicien, c'est plus agréable d'organiser une soirée musicale avec lui. Mais c'est aussi un chinois, et il faut être prêt à tout. J'ai vu des gens annuler une performance alors que l'artiste était déjà dans le taxi ! Chinese way, everytime, everywhere... On aime ou on aime pas. Moi j'adore ! C'est un challenge permanent, une extase méditative récurrente, un supplice délicieux et pénible à la fois.