Saturday, November 04, 2006

Premier mois à Shanghai !

Et voila… Je fête mon premier mois en Chine. Il fallait bien que ça arrive à un moment ou à un autre : après tout, comme disait mista Bob Marley : « nuff a dem can’t stop the time » et il était inéluctable que je finisse par passer un mois en Chine. C’est chose faite.
Alors je vais prendre quelques minutes, avec vous, pour faire le point sur ce premier mois dans l’Empire du Milieu, juste histoire de voir d’où je viens, où j’en suis et vers quoi je me dirige. Il paraît que ce sont les trois principales questions qui occupent toute notre existence… Moi je n’en suis pas certain, en tout cas, j’en ai bien d’autres qui me turlupinent, du genre « C’est quoi ces fruits qui flottent dans mon lait au soja ? » ou bien « Si je crache du 30è étage et que je prends l’ascenseur, est-ce que j’ai le temps d’arriver en bas avant mon crachat pour le récupérer – en supposant que je ne fasse aucun arrêt entre temps ? » ou encore « Pourquoi les coiffeurs chinois ont des coupes ridicules alors que c’est censé être leur boulot ? ». Bref, les questions existentielles, en Chine, il y en a une qui vous secoue l’esprit toutes les cinq minutes, et si jamais vous prenez le temps d’analyser les tenants et les aboutissants de chacune d’elles, vous ne vivez plus : vous flottez dans l’espace-temps.
Alors non, rassurez-vous, je ne vais pas profiter de l’anniversaire de mon premier mois en Chine pour vous faire un résumé des épisodes précédents – encore que ce serait marrant d’essayer, et même que j’y prendrais sans doute du plaisir – mais je vais simplement vous donner mes impressions du moment.
Shanghai est une ville folle. Totalement. Pas un petit peu folle, pas dangereusement folle – genre Le Village – non non non… C’est une ville totalement folle parce qu’elle ne s’arrête jamais. Ca je vous l’ai déjà dit, certes, mais après un mois passé ici, j’en suis absolument convaincu : cette ville ne dort jamais. D’accord, le fait est qu’il y a moins de gens dans les rues vers deux ou trois heures du matin qu’à cinq heures ou plus tard. Pourtant, les rues ne sont jamais totalement vides : il y a toujours un chinois quelque part, et ce qui est vrai pour les trains l’est également pour eux : « Attention ! Un chinois peut en cacher un autre ! ». Ils sont partout, à toute heure – ce qui est pratique quand on attend le taxi – et ils sont toujours en train de faire quelque chose. Je me rappelle les rues de Juan, en pleine nuit, et même celles de Nice, quand on rentre du vieux : le désert urbain dans toute sa splendeur. On suppose que, quelque part, dans ces petits immeubles bien alignés, derrière ces fenêtres éteintes, l’intelligentsia octogénaire qui dirige le coin dort paisiblement, insouciante, n’imaginant même pas que des gens puissent s’y promener en cette heure nocturne. Et s’ils s’en aperçoivent, ils appellent illico la police, parce que c’est illégal, non mais, d’être un jeune qui déambule à 3h du matin dans une rue vide de population. Comment survivraient-ils, ici, ces vieux occidentaux ?
Ici, pas de racaille dans les rues ou en bas des immeubles. Pas de casquette-jogging-ouech-ouech pour un z’y va t’as pas une garro ? Ici, ce sont les vieux chinois qui tiennent les blocs. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il y a un groupe de vieux chinois tranquillement installé, sur des marches, près des installations pour les exercices physiques, au bord de la rue. Et ils attendent. Et ils discutent. Et ils saluent les laowai comme moi qui passent, passablement ivres ou tendant à l’être, et qui leur répondent chaleureusement. C’est tellement plus sympa. Tout ce que vous avez à craindre, c’est que l’un d’eux, pour déconner, vous fasse un croche-pied avec sa canne. Rien de plus !
Shanghai est une ville folle. Intensément. Ici, ce qui est le plus vivifiant, c’est de sentir que l’on fait vraiment partie de quelque chose, d’un mouvement presque perpétuel – mais ça n’existe pas ^^ – et qu’on participe à quelque chose d’unique. Alors certes, ce mouvement doit certainement être moins impressionnant qu’il y a 10 ou 20 ans, mais tout de même… Dans cette ville, on se sent exister. Cette sensation se manifeste par la fatigue, le stress, l’alcool, les lumières, la foule, les taxis, les panneaux, la musique, la pollution, le bruit, le bordel permanent… Mais on existe, p**ain, on existe ! Jamais je ne me suis autant senti vivre quelque part. A Juan, je survivais, gagnant à peine mon nécessaire pour ne pas mourir de faim tout de suite et pour tenir jusqu’à la fin du mois, en hésitant entre serrer la ceinture à la taille ou au cou. Un boulot qui m’insupportait de plus en plus, des gens à l’esprit si étroit qu’ils se pensaient à peine eux-mêmes, une ambiance bling-bling vas-y qu’je montre ma thune à tous vents… Et l’immobilité. Cette immobilité pénible que la vie elle-même n’autorise pas. Cette absence de changement terrible qui vous oppresse quotidiennement, entre la recherche d’un job et la quête de sous, remise en route jour après jour, comme un supplice mythique. Le supplice de la French Riviera ! Voilà un mythe moderne que l’on pourrait imaginer. D’innombrables gens qui poussent des rochers en haut d’une montagne pour les faire tomber sur des gens qui cherchent à manger une pomme ou boire l’eau que d’autres personnes versent dans un tonneau sans fond, tandis que des rapaces leur bouffent les entrailles… C’est ça la French Riviera.
Et je suis désolé de peindre un tel tableau, surtout pour ceux qui y habitent en ce moment, mais lorsqu’on en part – surtout pour venir dans une ville comme Shanghai – ce sont des tonnes et des tonnes de chaînes que vous laissez derrière vous, et vous vous sentez plus léger que jamais. C’est vivifiant, c’est régénérant et c’était nécessaire pour moi.
Alors non, comme vous aurez pu le comprendre, je ne regrette pas ce mois passé ici en Chine, pour le moment, pas plus que je ne regrette d’avoir quitté ma vie française pour vivre ici : j’attends avec une impatience non dissimulée que ma chérie vienne me rejoindre, mais à part ça, comme dirait l’Autre, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Alors je sais, beaucoup me diront que la Chine est loin d’être ce meilleur des mondes possibles, et ils auront raison de le dire : pas de fromage, pas de vin rouge de qualité et encore moins de bon pain tout chaud qui croustille dans la bouche… C’est sûr ! Ah bon ? Comment ? Vous pensiez plutôt au problème de la démocratie ? La censure ? Le socialisme qui se noie dans le communisme, lui-même baigné dans une mer capitaliste ? La liberté d’expression ? La dure vie des chinois dont le rythme de vie tuerait le moindre français, s’il devait s’y plier à la lettre ? Oui, oui. Bien sûr, ça aussi c’est dur. Mais je n’ai jamais dit qu’il était bon d’être un chinois en Chine – ce n’est pas pour rien qu’ils sont contents d’arriver en France, terre d’asile et de Zidane. Je dis juste que c’est bien d’être un occidental en Chine. Bref, on ne sortira jamais du fameux dicton : « l’herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin ».
Pour moi, à ce point de ma vie ici, je suis bien. Les soirées commencent à bien s’organiser et je commence à être booké pour jouer du didje par-ci par-là. La soirée Freaklub du 1er Novembre s’est super bien passée – d’autres dj’s présents sont venus me voir pour me demander si je voudrais essayer de faire un peu de zik avec eux. Je joue ce soir (Vendredi) pour le Grand Opening d’un nouveau club – le La La Land … lol … – et j’ai déjà des dates pour la mi-novembre et après sans doute. Un des agents que j’ai rencontré et à qui j’ai envoyé des tracks m’a envoyé, texto et par texto : « I go on tour, when i come back, we really need to talk ! » alors oui, je suis content, je me sens bien. D’abord d’être connu – mais ça c’était déjà un fait plus qu’un dessein ^^ – mais surtout de commencer à être reconnu – et ça, en tant qu’artiste, c’est quand même une des grandes préoccupations. Enfin, après toutes ces années d’errance artistique en sol français, où les idées sont tolérées – à peine – mais jamais retenues, enfin, j’y arrive : je fais ce que j’aime. J’écris toujours mes articles – et je prends mon blog en compte dans ceux-ci – je fais de la musique comme j’aime en faire, je rencontre un tas d’artistes en tous genres, intéressants et passionnés… comme j’aime. Bref, qu’on me donne une bonne raison de partir d’ici dans l’immédiat, parce que j’ai beau en chercher je n’en vois pas une seule.
Bientôt, très bientôt, l’amour de ma vie sera de nouveau avec moi, on aura un beau petit appart – ou peut-être même pas petit d’ailleurs – et vous pourrez venir nous voir, vous aussi, mes amis, et profitez un peu de ce bol d’air paradoxal : incroyablement frais et tellement pollué ! Et vous verrez, par vous-mêmes, l’espace d’un instant, Shanghai, cette ville folle, si folle que je fête mon premier mois en son sein alors que j’ai l’impression d’être arrivé hier…
---> Ne vous inquiétez pas, il y aura quelques photos pour illustrer ce loooooooooong article ! Chaque chose en son temps. Et puis, je suis au pays de la censure moi ! C'est pas si facile que ça de poster des articles en temps et en heure ! ^^

2 comments:

Anonymous said...

Yep,

Bon à ce que je vois (ou plutôt ce que je lis) toujours aussi déjanté. :)
Bon ça fais du bien de te relire un peu ...
Attention le riz ça se mange Charles... arrête de le fumer ;)

Didjelirium said...

Putain les mecs, comme vous me faites plaisir !!! Ca me fait du bien d'avoir des réactions et des comments sur ce qu'il m'arrive aussi. J'ai l'impression que vous êtes un peu avec moi, ce que je voulais exactement avoir en créant ce blog !
@Titeuf : Mec, je suis bien content de voir que toi aussi tu t'embarques avec moi et tous mes personnages imaginaires de nouveau ! Mais ici, le pire, c'est que c'est bien réel tout ça. Toujours aussi paparazzi, mais IRL ^^ Reste dans l'aventure va !
@timeisgold ;) : mec, i'm fucking fucked ! C'est la première fois depuis au moins 3 semaines que je peux accéder à mon blog, grâce à SAS Romrom, et je découvre enfin vos comments... T'inquiète que je promets de te faire passer un bon séjour quand tu viendras me voir au pays de la multiplicité !

A bientôt les amis ! Et même à Shanghai pour les plus aventuriers ! On vous verra sur le blog aussi !!!! Yessie ! ^^