Monday, November 20, 2006

Uprooted Sunshine : mieux que les mots, les images !!!

Parce que je vous en parle, parce que des gens en parlent, parce que peut-être, bientôt, si tout se passe bien tout le monde en parlera - Ardisson si tu nous regardes... - il est temps de vous montrer quand même en images qui sont ceux qui forment le Uprooted Sunshine, sans doute la meilleure formation reggae/dub/dancehall/roots/rock/reggae - et la boucle est bouclée ^^ - de Shanghai City, right here, right now !

Let me introduce them to you ! L'ordre est totalement aléatoire bien sûr ^^
Enjoy people, this ya pics session is fi ya !
Jah Bless all da people who support us !!! _________________________________________________

Selecta Deville, Switzerland - L'homme qui se gave, quoi qu'il mixe, avec qui je fais le gros set dancehall et qui me permet de placer quelques-uns de mes textes live ! Une crème de Dj, sensitive touch and nuff a ruff sounds !!! Lord Deville pour les intimes !!! ^^ Bless Selecta Deville !

Selecta I, Canada - Le maître de la bonne grosse dub electro qui fait plaisir par où elle passe. Basses lourdes, vibrations électroniques, selection solide... Je tente quelques délires à la Horace Andy avec lui et c'est toujours un grand moment de plaisir. Bless Selecta I !

Selecta Don Dada, France - La gars avec qui j'ai le plus trippé en découvrant sa collection de tunes. Que de l'original roots reggae comme j'aime ! Rien que du bon, du gros, du roots et dans le pur esprit jamaicain! Wicked man !!! I&I luv ya sounds !!! Bless Selecta Don Dada !

Selecta Yo (a.k.a. Yoneral K), France - Un des premiers que j'ai rencontré lors de mon tout premier séjour à Shanghai - avec Dj I et Gaz, reparti en UK, alas ! - et qui m'a permis de faire de la musique ici. Le pionnier du reggae à Shanghai, il est là, c'est lui ! Il se dit le plus mauvais Dj de Shanghai, moi je sais qu'il est le worst-of-the-best, et ça ça change tout ! Bless Selecta Yo !!

Selecta Yas, Japan - Un excellent dj roots reggae and dub qui nous accompagne pour les soirées One Love! Tout le monde sait que le reggae marche bien au Japon et que les japonais en sont même d'excellents praticiens! Selecta Yas plays it good too ! Un élément solide qui complète le panel vaste des Dj's du crew. Bless Selecta Yas !

And last-but-not-least MC Didje (a.k.a. Didjelirium), Tahiti via France - Je ne vais pas non plus m'amuser à me décrire quand même ! J'ai assez de trips mégalo-schyzophrènoïdals (-noïdaux ?) sans en rajouter en plus ici. Moi je chante, je suis ce que mes potes Dj's passent, je chauffe les gens. Je parle toujours trop... Là ça sert, et ça plaît ! ^^ Bless me tambien !

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Et voila le tour est fait! Vous connaissez maintenant la tête des membres de cet excellent jammin-bouncin-lovin crew que l'on a monté ici : Uprooted Sunshine!!! Vous le verrez ici en action quand vous viendrez me voir j'espère ! En attendant, j'essaierai de récupérer quelques vidéos ou sons de nos soirées. Peut-être un mix live bientôt.... ^^ Jah Bless !!!!

Soon the new logo for our crew ! ^^

Pics Session !!!! ^^

Allez va ! Comme je me sens d'humeur philanthrope, que j'ai accès au Net, à mon blog, que j'ai des photos stockeés sur le disque, que je sais que certains d'entre vous n'aiment pas lire mes (trop) longs articles .... ;)
Je vous fais un cadeau cette fois : de la photos, rien que de la photo...et peut-être une phrase ou deux pour expliquer parfois ^^
Its Picta Time !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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Au resto...
Deejays Time...


Des trips visuels...

Des choses étranges...



Des endroits insolites...


Sunday, November 19, 2006

Shanghai Mysteries

Et bien non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien en train de lire un nouveau post sur mon blog.... Et oui, tout est possible ! Alors je sais, depuis mon bilan du premier moi à Shanghai, je n'ai pas écrit, mais il ne faudrait pas prendre ça pour du contentement ou du simple laisser-aller maintenant que je commence à peu près à être bien installé dans ma vie. Non, non, non. Loin de là. En fait, cette longue absence inadmissible sur mon blog est due à plusieurs causes. Les voici :
- 1) Je suis toujours en Chine. Je sais, cette raison peut étonner le plus néophyte d'entre vous mais bon, c'est une raison valable, étant donné tout ce qu'elle implique. Je ne vous cache pas que je n'ai pas vu mon blog depuis plus de 15 jours maintenant, et je ne sais même pas quelle gueule il a. C'est pas évident pour mettre des photos et présenter le truc un peu bien, mais bon... On fait avec. Je peux toujours accéder à Blogger de temps en temps, alors je remplis mon blog à l'aveuglette, en quelque sorte.
- 2) Je suis toujours en plein squat. D'appartement d'abord, puisque j'attends désespérément que ma chérie vienne enfin me rejoindre pour qu'on prenne notre appart ensemble - et j'ai hâte ! Ensuite, avec Ai Li, nous squattons toujours une connexion internet wifi qui traîne quelque part entre les immeubles et qui passe par le 26è étage. Le problème étant que nous ne pouvons ni relancer la connexion quand elle est coupée, ni même paramétrer un peu le truc pour avoir une meilleure bande passante... Donc parfois, pas internet, pas de blog... C'est ainsi.
- 3) Les choses commencent à bien se compiler pour moi ici, les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas, les soirées s'enchaînent et s'apprécient toujours autant. Et tout ça prend du temps, bien sûr. J'ai donc des tas de choses à vous raconter, des photos à vous montrer, des gens à vous décrire, des situations à vous expliquer, des éléments profondément chinois à vous faire comprendre... Bref, cette longue absence ne rajoute que plus de force à ces Shanghai Mysteries.
En tant qu'artiste, ma semaine est toujours relativement indéfinie, avec quelques repères fixes histoire de se donner l'illusion d'une régularité. Je ne suis pas encore un artiste surbooké, ne vous méprenez pas, mais je commence toutefois à traîner par-ci par-là parce que des gens veulent me voir pour discuter ou me faire participer à quelques évènements. Souvent donc, le Lundi et le Mardi sont des jours un peu bâtards pour moi, ils peuvent servir à tout. Ils servent majoritairement aux rencontres professionnelles : en début de semaine, on organise les soirées et les activités qui animeront nos vies jusqu'au week-end. Ils servent aussi au repos, aux visites, aux promenades - même si je me réserve le Dimanche à cet effet, pour être seul avec moi-même et profiter d'un poil de solitude dans cette ville surpeuplée.
A partir du mercredi, les choses s'accélèrent. Mercredi soir, c'est la soirée Freaklub au LOgO (attention à la typo, on l'écrit comme ça maintenant qu'on a changé le logo du LOgO ^^). Depuis que j'ai joué à la première, je suis un régulier du mercredi, comme beaucoup de gens, et le fait d'avoir bien sympathisé avec Sebastian - a.k.a. Dj Tootekool - fait que c'est toujours avec un immense plaisir que je les rejoints à leur soirée. Après moi, il y a eu, comme guest, Hassan et sa guitare, puis JQ et sa trompette. La semaine prochaine, un chanteur chinois ? Why not... Le mercredi, dans tous les cas, c'est de la bonne Minimal Electro plein les oreilles toute la nuit, et ça ça fait plaisir !
Le jeudi, bien évidemment, voit les difficultés relatives à l'espace temps commencer. Peu de sommeil, bouche pâteuse, pupilles en pleine introspection... C'est là où il faut être fort, parce que ce n'est que Jeudi, et il reste quelques jours de festivités avant un peu de repos. Surtout que le jeudi soir est quand même une soirée de pré-week-end. Petite visite dans d'autres clubs, tour de salutations dans les soirées organisées pas d'autres potes, verre au LOgO par pure habitude, restaurant en grand nombre histoire de se retrouver et de parler de tout et de rien - comme j'adore parler de rien, ça me va ^^
Si le jeudi passe souvent en douceur, malgré tout, il n'en reste pas moins la veille du Vendredi, jour désormais connu à Shanghai comme le soir des One Love party organisées par le Uprooted Sunshine crew, désormais membre officiel de la scène musicale de la ville. Notre weekly se déroule pas mal. On a même fait la plus grosse soirée du LOgO la semaine dernière pour la première One Love. On change la déco, on change les lumières, on déplace les fauteuils et la disposition du lieu, on a des poupées rastas dansantes, des panneaux qu'on a fait avec les flyers de la soirée... Bref, on passe du temps à préparer la soirée, et c'est pourquoi mon vendredi est bien occupé, puisque je suis en général à partir de 16h ou 17h au LOgO histoire de monter tous les trucs. Si encore on pouvait compter sur l'aide du staff chinois du bar, ça irait plus vite, mais bon... Je vous parlerai plus tard du travail in the Chinese way style, parce que ça vaut le coup quand même.
A 21h, la soirée commence, avec quasiment personne parce qu'il est grave tôt et que personne ne sort à cette heure-là, sauf les chinois qui ont déjà fini de manger depuis longtemps, et les potes qui nous soutiennent. Parmi eux, en tête de file, Sebastian qui arrive toujours le premier à 21h pile - alors qu'il part souvent très très tard. J'apprécie d'autant plus son soutien qu'il faut savoir une chose : Dj Tootekool n'aime pas le reggae ! Et il passe tous les vendredis avec nous, toute la nuit, à écouter le meilleur de ce que donne le reggae, le dub, le dancehall, le rocksteady, le ska, etc.... On se soutient mutuellement. Je suis à toutes les Freaklub's, il est à toutes les One Love's : c'est une entente mutuelle inter-artiste, en quelque sorte. ^^
Lorsque la soirée se termine, il est souvent très tard - ou très tôt, selon l'angle de vue - et c'est bien fatigué que je rentre savourer ma matinée du samedi, au lit. L'après-midi, de nouveau, c'est de l'organisation : quelle soirée il y a ce soir, à quel endroit, qui la fait, combien, etc, etc. Il y a toujours quelque chose à faire à Shanghai, et le samedi soir encore plus, comme partout dans le monde. Depuis la Saturday Night Fever, on n'en sortira jamais ! Le samedi, internationalement - et pour ceux qui le peuvent, bien sûr, je ne rentre pas dans ce débat-là - c'est jour de fête. Alors ça change, tous les samedis. Le seul point fixe est l'after-party du LOgO, à partir de 2h du mat, pour les plus volontaires et les plus clubbers d'entre nous. Moi je ne le suis pas, bien entendu, mais le LOgO c'est ma deuxième maison, alors bon... J'y vais de temps en temps, si je ne suis pas déjà parti pour d'autres concerts ou soirées. Et la nuit continue, au rythme intense de la musique et de la vie à Shanghai, amenant calmement le Dimanche.
Dimanche, dimanche... C'est mon jour à moi. Je ne vois personne, je réponds moins au téléphone, personne ne sait où je suis : c'est mon jour réservé pour la détente et la découverte. Je visite des coins où je ne vais jamais, je fais des repérages de restos et d'endroits sympas à découvrir, je me ballade tranquillement. Je me suis fait un dimanche entièrement consacré à la découverte des lignes de métro chinois. Je me suis fait les 5 lignes d'un bout à l'autre, juste pour voir où ça allait. Et c'était super intéressant. C'est ça mon Dimanche, une rupture avec toute ma semaine, un moment pour moi et moi seul, au prise avec les Shanghai Mysteries. Histoire de me retrouver, de profiter d'un peu de solitude... Bref, mon côté écrivain qui a besoin de vivre ici, lui aussi. Et non ! C'est pas facile facile d'être artistiquement schyzophrène ! ^^
Ainsi passe mes semaines. Alors bien sûr, vu tout le temps que j'ai à rattraper pour que mon blog soit véritablement à jour, je ne peux pas être exhaustif ici. Je rate énormément de détails croustillants, de rencontres délirantes, de lieux bizarres, de propos incohérents, de situations étranges, d'actions incompréhensibles et j'en passe et des meilleurs. Bref, je promets d'essayer d'affronter le système chinois et de tenter coûte que coûte de poster régulièrement des nouvelles, comme je l'ai fait ce premier mois en Chine, parce que, comme dit mon pote Lo du Réal, vous le valez bien ! ^^
J'indique ici, pour votre information et pour ceux qui ne l'auraient pas encore eu, un lien intéressant à mettre de suite dans vos favoris : SmartShanghai.com sur lequel vous trouverez toute la vie culturelle actuelle et en temps réel de Shanghai, ainsi que le lien vers le Forum du site, que je vous conseille de visiter régulièrement, surtout ceux d'entre vous qui compte venir faire un tour par ici, comme ça vous saurez toutes les soirées et activités et expo intéressantes qui se passent en ce moment. De plus, je vous invite à aller voir les threads One Love et Shanghai by Bus (vous pouvez faire une recherche si vous êtes feignants) qui vous donneront une idée des soirées que l'Uprooted Sunshine crew organise ici, et vous pourrez également voir des photos de nos soirées, on line, directement ! Et oui, c'est fort la technologie. ^^
A très bientôt mes amis, dès que je peux, vous vous doutez bien que j'ai des tas et des tas dechoses à vous raconter, sans compter les photos que je dois mettre en ligne. Mais ça prend du temps et de l'internet tout ça, et je n'en dispose pas toujours à volonté ici, pour d'obscures raisons. Shanghai Mysteries, once and again....

Saturday, November 04, 2006

Premier mois à Shanghai !

Et voila… Je fête mon premier mois en Chine. Il fallait bien que ça arrive à un moment ou à un autre : après tout, comme disait mista Bob Marley : « nuff a dem can’t stop the time » et il était inéluctable que je finisse par passer un mois en Chine. C’est chose faite.
Alors je vais prendre quelques minutes, avec vous, pour faire le point sur ce premier mois dans l’Empire du Milieu, juste histoire de voir d’où je viens, où j’en suis et vers quoi je me dirige. Il paraît que ce sont les trois principales questions qui occupent toute notre existence… Moi je n’en suis pas certain, en tout cas, j’en ai bien d’autres qui me turlupinent, du genre « C’est quoi ces fruits qui flottent dans mon lait au soja ? » ou bien « Si je crache du 30è étage et que je prends l’ascenseur, est-ce que j’ai le temps d’arriver en bas avant mon crachat pour le récupérer – en supposant que je ne fasse aucun arrêt entre temps ? » ou encore « Pourquoi les coiffeurs chinois ont des coupes ridicules alors que c’est censé être leur boulot ? ». Bref, les questions existentielles, en Chine, il y en a une qui vous secoue l’esprit toutes les cinq minutes, et si jamais vous prenez le temps d’analyser les tenants et les aboutissants de chacune d’elles, vous ne vivez plus : vous flottez dans l’espace-temps.
Alors non, rassurez-vous, je ne vais pas profiter de l’anniversaire de mon premier mois en Chine pour vous faire un résumé des épisodes précédents – encore que ce serait marrant d’essayer, et même que j’y prendrais sans doute du plaisir – mais je vais simplement vous donner mes impressions du moment.
Shanghai est une ville folle. Totalement. Pas un petit peu folle, pas dangereusement folle – genre Le Village – non non non… C’est une ville totalement folle parce qu’elle ne s’arrête jamais. Ca je vous l’ai déjà dit, certes, mais après un mois passé ici, j’en suis absolument convaincu : cette ville ne dort jamais. D’accord, le fait est qu’il y a moins de gens dans les rues vers deux ou trois heures du matin qu’à cinq heures ou plus tard. Pourtant, les rues ne sont jamais totalement vides : il y a toujours un chinois quelque part, et ce qui est vrai pour les trains l’est également pour eux : « Attention ! Un chinois peut en cacher un autre ! ». Ils sont partout, à toute heure – ce qui est pratique quand on attend le taxi – et ils sont toujours en train de faire quelque chose. Je me rappelle les rues de Juan, en pleine nuit, et même celles de Nice, quand on rentre du vieux : le désert urbain dans toute sa splendeur. On suppose que, quelque part, dans ces petits immeubles bien alignés, derrière ces fenêtres éteintes, l’intelligentsia octogénaire qui dirige le coin dort paisiblement, insouciante, n’imaginant même pas que des gens puissent s’y promener en cette heure nocturne. Et s’ils s’en aperçoivent, ils appellent illico la police, parce que c’est illégal, non mais, d’être un jeune qui déambule à 3h du matin dans une rue vide de population. Comment survivraient-ils, ici, ces vieux occidentaux ?
Ici, pas de racaille dans les rues ou en bas des immeubles. Pas de casquette-jogging-ouech-ouech pour un z’y va t’as pas une garro ? Ici, ce sont les vieux chinois qui tiennent les blocs. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il y a un groupe de vieux chinois tranquillement installé, sur des marches, près des installations pour les exercices physiques, au bord de la rue. Et ils attendent. Et ils discutent. Et ils saluent les laowai comme moi qui passent, passablement ivres ou tendant à l’être, et qui leur répondent chaleureusement. C’est tellement plus sympa. Tout ce que vous avez à craindre, c’est que l’un d’eux, pour déconner, vous fasse un croche-pied avec sa canne. Rien de plus !
Shanghai est une ville folle. Intensément. Ici, ce qui est le plus vivifiant, c’est de sentir que l’on fait vraiment partie de quelque chose, d’un mouvement presque perpétuel – mais ça n’existe pas ^^ – et qu’on participe à quelque chose d’unique. Alors certes, ce mouvement doit certainement être moins impressionnant qu’il y a 10 ou 20 ans, mais tout de même… Dans cette ville, on se sent exister. Cette sensation se manifeste par la fatigue, le stress, l’alcool, les lumières, la foule, les taxis, les panneaux, la musique, la pollution, le bruit, le bordel permanent… Mais on existe, p**ain, on existe ! Jamais je ne me suis autant senti vivre quelque part. A Juan, je survivais, gagnant à peine mon nécessaire pour ne pas mourir de faim tout de suite et pour tenir jusqu’à la fin du mois, en hésitant entre serrer la ceinture à la taille ou au cou. Un boulot qui m’insupportait de plus en plus, des gens à l’esprit si étroit qu’ils se pensaient à peine eux-mêmes, une ambiance bling-bling vas-y qu’je montre ma thune à tous vents… Et l’immobilité. Cette immobilité pénible que la vie elle-même n’autorise pas. Cette absence de changement terrible qui vous oppresse quotidiennement, entre la recherche d’un job et la quête de sous, remise en route jour après jour, comme un supplice mythique. Le supplice de la French Riviera ! Voilà un mythe moderne que l’on pourrait imaginer. D’innombrables gens qui poussent des rochers en haut d’une montagne pour les faire tomber sur des gens qui cherchent à manger une pomme ou boire l’eau que d’autres personnes versent dans un tonneau sans fond, tandis que des rapaces leur bouffent les entrailles… C’est ça la French Riviera.
Et je suis désolé de peindre un tel tableau, surtout pour ceux qui y habitent en ce moment, mais lorsqu’on en part – surtout pour venir dans une ville comme Shanghai – ce sont des tonnes et des tonnes de chaînes que vous laissez derrière vous, et vous vous sentez plus léger que jamais. C’est vivifiant, c’est régénérant et c’était nécessaire pour moi.
Alors non, comme vous aurez pu le comprendre, je ne regrette pas ce mois passé ici en Chine, pour le moment, pas plus que je ne regrette d’avoir quitté ma vie française pour vivre ici : j’attends avec une impatience non dissimulée que ma chérie vienne me rejoindre, mais à part ça, comme dirait l’Autre, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Alors je sais, beaucoup me diront que la Chine est loin d’être ce meilleur des mondes possibles, et ils auront raison de le dire : pas de fromage, pas de vin rouge de qualité et encore moins de bon pain tout chaud qui croustille dans la bouche… C’est sûr ! Ah bon ? Comment ? Vous pensiez plutôt au problème de la démocratie ? La censure ? Le socialisme qui se noie dans le communisme, lui-même baigné dans une mer capitaliste ? La liberté d’expression ? La dure vie des chinois dont le rythme de vie tuerait le moindre français, s’il devait s’y plier à la lettre ? Oui, oui. Bien sûr, ça aussi c’est dur. Mais je n’ai jamais dit qu’il était bon d’être un chinois en Chine – ce n’est pas pour rien qu’ils sont contents d’arriver en France, terre d’asile et de Zidane. Je dis juste que c’est bien d’être un occidental en Chine. Bref, on ne sortira jamais du fameux dicton : « l’herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin ».
Pour moi, à ce point de ma vie ici, je suis bien. Les soirées commencent à bien s’organiser et je commence à être booké pour jouer du didje par-ci par-là. La soirée Freaklub du 1er Novembre s’est super bien passée – d’autres dj’s présents sont venus me voir pour me demander si je voudrais essayer de faire un peu de zik avec eux. Je joue ce soir (Vendredi) pour le Grand Opening d’un nouveau club – le La La Land … lol … – et j’ai déjà des dates pour la mi-novembre et après sans doute. Un des agents que j’ai rencontré et à qui j’ai envoyé des tracks m’a envoyé, texto et par texto : « I go on tour, when i come back, we really need to talk ! » alors oui, je suis content, je me sens bien. D’abord d’être connu – mais ça c’était déjà un fait plus qu’un dessein ^^ – mais surtout de commencer à être reconnu – et ça, en tant qu’artiste, c’est quand même une des grandes préoccupations. Enfin, après toutes ces années d’errance artistique en sol français, où les idées sont tolérées – à peine – mais jamais retenues, enfin, j’y arrive : je fais ce que j’aime. J’écris toujours mes articles – et je prends mon blog en compte dans ceux-ci – je fais de la musique comme j’aime en faire, je rencontre un tas d’artistes en tous genres, intéressants et passionnés… comme j’aime. Bref, qu’on me donne une bonne raison de partir d’ici dans l’immédiat, parce que j’ai beau en chercher je n’en vois pas une seule.
Bientôt, très bientôt, l’amour de ma vie sera de nouveau avec moi, on aura un beau petit appart – ou peut-être même pas petit d’ailleurs – et vous pourrez venir nous voir, vous aussi, mes amis, et profitez un peu de ce bol d’air paradoxal : incroyablement frais et tellement pollué ! Et vous verrez, par vous-mêmes, l’espace d’un instant, Shanghai, cette ville folle, si folle que je fête mon premier mois en son sein alors que j’ai l’impression d’être arrivé hier…
---> Ne vous inquiétez pas, il y aura quelques photos pour illustrer ce loooooooooong article ! Chaque chose en son temps. Et puis, je suis au pays de la censure moi ! C'est pas si facile que ça de poster des articles en temps et en heure ! ^^

Tuesday, October 31, 2006

Et Dieu créa le Pare-feu...

Et oui, je sais, ça faisait un bout de temps que je n'avais point écrit sur mon blog, et ce n'est pas faute d'avoir essayé... Tout d'abord la connexion que je squatte ne dépend, bien évidemment, pas de moi, de sorte que j'ai beau vouloir me connecter, si celui ou celle qui la possède ne la lance pas, je ne peux rien y faire. D'autre part, comme je suis dans ce merveilleux pays qu'est la Chine, à la liberté fort bien connue, j'expérimente aussi l'impossibilité d'accéder à mon blog, pour d'obscures raisons. Alors je pense, d'un côté profondément mégalo, que je suis victime du contrôle éxercé par les autorités au royaume d'internet. J'ignore pourquoi, mais mon blog ne leur a peut-être pas plu ? Pourtant je ne dis rien de méchant sur le peuple chinois ni sur son pays... D'un autre côté, et là c'est ma part sensée et objective qui parle, le firewall national chinois bloque systématiquement tous les blogs hébergés par Blogger - qui appartient à Google et qui est souvent bloqué par les autorités sur-compétentes. Bref, en résumé, je ne peux pas voir mon blog, et je n'arrivais même pas à accéder à Blogger.
Et pourtant j'en avais des choses à vous raconter... Là, comme ça maintenant, à froid, c'est plus pareil, mais c'est qu'il s'en passe des choses par ici, et la semaine qui commence s'annonce chargée. Première chose, tout d'abord : j'ai enfin joué du didjeridoo dans mon premier club ! Myles, le sud-africain qui m'avait lâché dans un des épisodes précédents, m'a appellé le jour-même pour me proposer de jouer avec lui au début d'un set, dans un club chinois : le Club Vegas.
Et c'est du bon club chinois ! Pour les clients - i.e. ceux qui paient l'entrée - c'est 50 kwais mais open bar toute la soirée. Et ça, l'open bar, le chinois ça aime beaucoup !!! A 21h, le club est déjà bien bien rempli et les boissons déjà bien descendues. On commence à jouer vers 22h, Myles se débrouille pour essayer de mettre en valeur le didje qui a du mal à percer au milieu de la zik - micro un peu cheap - mais ça donne pas mal. Je suis au milieu d'un escalier pour le premier étage, didje posé sur la rembarde, projecteur dans la gueule. Je vois pas grand chose mais j'entends un peu le son du didje alors ça va. Je joue pendant presque 1h, puis Myles me fait signe de faire une pause et je retourne profiter de l'open bar également. Je rencontre un gars qui bosse dans le textile. Brigante oblige, je lui file ma carte et lui parle du projet T-Shirts. Je récupère la sienne. Shanghai's way !
Finalement, alors que je devais jouer un autre set avec Myles, il arrête plus tôt que prévu et me dit que ça suffit pour ce soir. Je m'en fous, la paie est la même. Alors je trinque à ça.
Un peu plus tard dans la nuit, je file au C's, un bar juste derrière l'appart où j'avais déjà fini un soir au teint matinal - cf. la cuite de la crémaillère. Ce soir, et en cette fin d'Octobre, c'est halloween party, avec vieux tubes glauques des années 80 et tenues gothiques pour les plus acharnés. C'est marrant, ça change de l'ambiance club, et la bière est à 10 kwais... c'est pas cher, certes, mais pas cher c'est toujours plus cher que gratuit ! ^^ Je retrouve Blaise et Yo, deux des dj's avec qui je joue, plus d'autres personnes croisées par ci par là dans la nuit shanghaienne. L'ambiance village, une fois de plus.
Lorsque je rentre à l'appart, le jour est déjà bien levé, mais comme il se lève quand même super tôt ici, je ne culpabilise pas trop. Et puis, on est vendredi matin, le week-end commence... Pas d'inquiétude.
Je fais ici une pause dans ma narration parce qu'à partir de là, c'est plutôt compliqué comme planning. Mon week-end était très musical tout d'abord. Entre les heures passées à écrire des paroles, les chanter et tenter de les mémoriser pour la semaine d'après ; les aller-retours chez Blaise pour préparer le set, faire la sélection des pistes, etc, etc... J'ai écouté et fait beaucoup de musique. D'autant plus que c'était également le temps fort de la semaine australienne, pour laquelle je jouais. Je me suis donc pointé dimanche à Xin Tian Di, un quartier assez moderne et "européanisé" - mais pas trop d'eau - où il y a essentiellement des petits cafés et restaurants, plus un étang typiquement chinois. Sur cet étang était dressée un "maison", disons plutôt un salon présentant plusieurs stands de marques australiennes et de boutiques de la même origine installées à Shanghai. Je croise pas mal de monde, je ne passe pas inaperçu avec le didje sur l'épaule, mais on fête l'Australie alors c'est de bon goût. La question récurrente de ma journée, à chacune de mes rencontres avec ces australiens, était bien évidemment : "But you're not australian, right ?" Et non mec, je ne suis pas australien, et oui je joue du didje. Ils n'en reviennent pas que j'aie pu apprendre le didje en France. Et pourtant, s'il savait... N'est-ce pas Stéphane ? ;)
Je joue au milieu de l'expo, puis je file sur la scène au milieu de Xin Tian Di, où je peux disposer d'un micro et de toute une scène pour moi tout seul juste pour poser mes fesses et jouer. Je suis bien évidemment présenté au micro, en anglais et en chinois dans le texte y too, et je joue quelques morceaux selon l'inspiration. Avec la sono, et comme Xin Tian Di fait une sorte de U, le son résonne bien fort et je vois plus d'une personne au café qui tourne la tête. Le bruit du didje fait beaucoup sourire les chinois - une fois de plus - et ils sont très intéressés sur la possibilité de faire autant de son avec un bout de bois creux. Quelques questions, quelques explications traduites pour la foule, et un mea culpa public pour ne pas être vraiment australien, même si je porte le t-shirt du staff du consulat. C'est pas grave, le son est bon !
Ainsi, j'ai enfin pu jouer un peu de didje devant un public chinois et voir ainsi sa réaction face au didjeridoo. J'en déduis qu'ils sont vraiment intéressés par l'instrument et je pense que ça pourrait leur plaire de voir ça en night club avec du bon son, avec un set préparé pour jouer avec le didjeridoo, et je suis plus que jamais convaincu que j'ai raison de me bouger le cul ainsi pour le faire connaître. J'aurai au moins pu donner quelques cartes à des events managers de boites australiennes installées en Chine, ainsi qu'à un restaurateur qui voudrait peut-être me faire venir dans son resto. Des mots, toujours des mots, les mêmes mots... Mais au moins le bouche à oreille peut fonctionner. De plus, je vais avoir des photos pros - que le photographe qui couvrait l'évènement va m'envoyer - et je pourrai les joindre à ma bio et à mes tracks pour chercher du travail... La vie d'artiste, presque la vraie, bientôt la vraie...
Bien évidemment, cette description de mes dernières aventures est loin d'être exhaustive, et j'oublie certainement tout un tas de choses infiniment (in)intéressantes que j'aurais pu vous conter, mais bon... une certaine part de mystère est pas mal non plus. De plus, vous pouvez bien vous douter qu'il y a eu quelques passages au Logo, pendant ce week end, ainsi que dans d'autres endroits festifs où l'alcool est pas cher. J'ai croisé un bon nombre de gens de divers horizons, discuté de la vie à Shanghai une fois de plus et partagé les impressions de gens implantés depuis plus longtemps que moi. La vie sociale, comme je l'aime, dans la musique forte et l'alcool pareil. ^^
Cette semaine, j'ai un programme qui commence enfin à être chargé... J'ai un rendez-vous avec un réalisateur d'une boîte de production locale - que j'avais rencontré à une soirée CCIFC - parce qu'il veut monter un projet particulier et il aurait peut-être besoin de quelqu'un pour écrire le script, et participé à tout le tintouin. Moi ça me va, écrire j'aime ça ! On verra bien ce que ça donne. Mardi soir, soirée Halloween au Logo avec des potes dj's ; Mercredi soir, c'est Freaklub au Logo, avec d'autres dj's qui tournent bien également - donc bonne soirée pour moi et mes cartes de visite ^^ - et jeudi, c'est répétition du set de Samedi. Parce que Samedi, c'est grooooOOOOoooosse soirée au Blue Ice, et le premier essai de la nouvelle team du Uprooted Sunshine Crew. Let's see what happens !!! Et je vous tiendrai au courant de tout ça, bien évidemment, et si Internet et les autorités locales ne se liguent pas contre moi...
---> Promis, dès que je peux, je rajoute les photos qui illustreront ce post, pour ceux qui sont fâchés avec les lettres et qui en ont marre de lire mes phrases - n'est-ce pas Manu ? ;)

Tuesday, October 24, 2006

Iron like a Lion in Zion

A Shanghai, chaque jour est bien différent des précédents, et sans doute des suivants. Alors je sais, je vois déjà les sourires ironiques teinter vos sinistres visages : "Et alors, mec ! C'est partout pareil ! C'est quoi ces banalités ?!?". Je sais, je sais, ne croyez pas que je sois adepte de la banalité, loin de moi cette attitude - à la limite, la bananalité me sieds mieux. Le fait est qu'à Shanghai, tout bouge quand même un peu plus vite qu'ailleurs dans le monde, en tout cas bien plus que dans cette vieille France, dont seuls quelques gens me manquent. Enfin bon, mieux qu'un long discours d'introduction, un long discours d'explications. ^^
Lorsque je me lève ce matin, par exemple, je.... Oui ? Comment ? De quoi ? Comment est-ce possible ? Merci de me poser la question, je vois que vous suivez l'histoire, c'est bien. Effectivement, depuis quelques jours, je me lève le matin...enfin bon, ok, à 10h30 au plus tôt. C'est déjà une évolution positive, non mais oh ! C'est pas de ma faute à moi si mon midi est légèrement excentré. Tout ça c'est qu'un concept : midi, c'est le milieu de la journée, si bien qu'il n'est en fait possible de le désigner qu'une fois couché, parce qu'on ne sait jamais, ici, la longueur que peut prendre une journée. Alors bon, les concepts temporels artificiels créés pour que la ménagère de moins de 50ans puissent savoir quand se mettre devant les Feux de l'Amour, moi, ça me passe loin, très loin au-dessus de la tête. Pffff, mauvaises langues va ! ...... Je reprends.
Lorsque je me lève ce matin, je profite qu'Ai Li soit encore en train de dormir pour squatter internet. C'est vrai, après tout, c'est son ordi - c'est pas notre connexion, là on est à égalité ;) - et ça me gène un peu, quand même - oui Nono, tu as bien lu ;) - de passer mon temps sur le net quand elle est là. Je sais aussi partager, j'ai appris ça pendant mes stages de civilisation sociale. Bref, son sommeil est lourd et je tape légèrement sur le clavier, tout va bien. Un petit tour sur la boîte mail, un petit tour sur des forums locaux et autres, quelques conneries postées par-ci par-là, et ma journée commence. J'ai toujours un mail ou un texto à envoyer, une réponse à attendre... La vie du biznessman en gros. Mission : faire une mailing-list pour les flyers. Je me saisis de toutes les cartes de visite amassées depuis mon arrivée, et même avant, puis j'envoie un flyer à chacun. Ils ne viendront pas tous, mais c'est ça aussi la com' : battre l'air avec du vent.
Par rapport à mon week-end, je suis en forme. J'ai délaissé le spleen pour ressortir le lion que je suis et je suis bien gonflé à bloc. Premier appel que je reçois, Myles - l'agent sud-africain. Il bafouille un peu, m'explique en quelques mots qu'il a beaucoup aimé la track de démo mais que les chinois sont sceptiques, qu'ils ne savent pas si les gens vont aimer, s'ils vont rester, qu'ils n'ont encore jamais fait de performances comme ça ("really ?" >_<) et que, surtout, ils ignorent combien ça va leur rapporter. Ahahah, voilà le vrai problème. Rhaaa, ces chinois, j'te jure! Les sous, les sous, les sous... Bon, ok, c'est mort pour les dates à la fin du mois, mais Myles me dit qu'il attend des nouvelles de son associé parti en Afrique du Sud parce qu'ils organisent un évènement à la fin de l'année et que là, c'est sûr, ils ont besoin de moi. "OK, man ! Just tell me whenever you got something fuckin' sure !" Non mais oh, c'est pas Ari Gold non plus...
Bref, petit coup au moral, mais Shanghai c'est ça. Ca bouge tout le temps, ça change inexorablement, à chaque minute qui passe. Ce qui était bon hier peut très bien être obsolète aujourd'hui, et vice-versa. De toute façon, je ne compte pas exclusivement sur Myles pour me trouver du taf, j'ai aussi mes plans à moi. Ma technique du parasite est toujours en pleine expansion, et j'ai d'autres gens à contaminer. J'envoie un texto à Julien a.k.a. V.V.IP pour qu'on se voit et qu'on discute un peu des possibilités d'introduire le didje (tsss ! tssss!) dans les nuits shanghainaises - shanghaiennes ? - et je renvoie un texto à Max pour lui assurer que je suis motivé pour monter un spectacle didje-house.
Montrer qu'on est motivé, c'est la première chose importante à faire à Shanghai. Cette ville est comme le tonneau des Danaïdes : vous avez beau y jeter toute l'énergie et la motivation que vous possédez, ce n'est jamais suffisant : il ne se remplit pas. J'ai rencontré quelques personnes, vivant à Shanghai depuis quelques mois déjà, et épuisées du rythme et de l'énergie nécessaire pour avancer dans cette ville. C'est vrai, je peux le comprendre. Moi, je suis fraîchement arrivé, je suis plein de projets en tête, et j'ai eu l'habitude de canaliser mes surplus d'énergie par des moyens psychotropiquement viables, alors je tiens le coup. "I'm gonna be Iron, like a Lion, in Zion !" Je sais qu'il faut résister à tout ce Babylon system et le prendre à son avantage. Je suis un peu moins fort parce qu'une partie de moi est restée en France - mais arrive bientôt !!! - mais je tiendrai le coup, je m'en fais la promesse. Je renvoie quelques mails à des gens du monde de la zik et quelques textos de relance. Le parasite, le parasite, le parasite... Muhahahahaha !!!
Dans l'après-midi, je vais chez Blaise lui reformater son laptop parce qu'il ne s'en sort pas, et que j'ai l'expérience du ruff format sur pc... Ce n'est pas pour rien que je cherche à m'acheter un mac ! Puis je file rencontrer une chinoise architecte qui veut ouvrir, avec sa boîte, un café au dernier étage de leur immeuble. Ils cherchent un chief-manager et le poste peut m'intéresser. Je n'oublie pas qu'un de mes projets, en Chine, est d'ouvrir un resto. Ca peut être intéressant d'aller y faire un tour. Effectivement, le cadre est pas mal, les fonctions très sérieuses, peut-être un peu trop... Je ne peux pas passer 60 à 70h dans un café et refuser de partir en tournée ou en concert - parce que c'est ce que je veux faire avant tout. Or accepter de me jeter corps et âme dans ce projet signifierait faire une croix sur la musique. Hors de question ! Mais c'est toujours intéressant de faire des entretiens en Chine : ça vous montre comment ça se passe ici et combien les entretiens en France sont fictifs et totalement superficiels. Ici, comme partout dans le monde sauf en France, on vous demande vos compétences, ce que vous savez faire et quelles sont vos idées ; pas l'école dont vous êtes diplômés ni si elle est à Paris ou pas. C'est tellement agréable...
L'après-midi passe vite, la nuit tombe tôt, et je rentre chercher mon didje pour aller voir Julien et, peut-être, un de ses potes agents. En chemin, je reçois un coup de fil - mais je vais bien - du Consulat d'Australie, que j'avais contacté la semaine dernière. En effet, la semaine australienne est organisée et je leur proposais mes services pour venir jouer du didjeridoo, qui est quand même un petit peu l'emblême de ce pays. Malheureusement, ils avaient déjà prévu de faire venir quelqu'un alors ils n'ont pas beosin de moi, m'ont-ils dit. Je décroche, c'est Kimberley - un bon nom d'australienne ça aussi... - qui me dit, texto : "Hi Charles, I got some good news, the didjeridoo player we booked just fucked up !". Je souris et lui confirme que je suis très déçu pour eux... Heureusement, je suis là, et je peux me débrouiller pour me libérer en fin de semaine. Elle est trop contente d'avoir gardé mon numéro, et moi je suis trop content d'avoir appelé pour les prévenir qu'un joueur de didjeridoo vivait à Shanghai. Jeter des lignes un peu partout augmente nécessairement les chances de prendre du poisson. On prend rendez-vous pour mercredi, et on va négocier le contrat. Après tout, s'ils étaient prêts à payer l'avion et l'hôtel, ils doivent avoir des sous pour moi ! J'exulte enfin... Soulagé !!! Je pars voir Julien son pote agent ne répond pas au téléphone, mais il se trouve que je l'ai déjà rencontré, sans même le savoir, et qu'il a déjà ma carte. Il va lui reparler de moi dans la semaine, promis !
A Shanghai, chaque jour est bien différent des précédents, et sans doute des suivants. Et pour ceux qui souriaient en lisant cette phrase au début de ce post, j'espère que ces quelques descriptions vous auront convaincu de la véracité de mes propos. Ici, du jour au lendemain, vous pouvez être surbooké, ou dans l'inactivité la plus profonde. Tout dépend de votre motivation, de votre énergie, de vos contacts, bien sûr, mais aussi de votre self-esteem. Et en tant que mégalo pour survivre, ce n'est pas ce qui me manque. Au pire, quand je suis fatigué, j'en appelle à tous les personnages qui vivent dans ma tête, pour qu'ils me prêtent un peu de leur force, et m'aident à avancer. Ca sert d'être un joyeux schyzophrène dans une ville de malades ! Mais bon, au final, malgré les sautes d'humeur et les retournements de situations, une seule conclusion s'impose à mon esprit : j'adore Shanghai !!!

Sunday, October 22, 2006

In the (bad) mood for love

Et bien voilà, cela fait plus de deux semaines à Shanghai, deux longues semaines qui ont filé rapidement, et je me tape mon premier jour de spleen... Chute d'énergie, fatigue, mauvais rêves, musique triste, introspection, nostalgie ; le cocktail distillé par mon corps en ce samedi pluvieux me laisse un goût amer et les lèvres arides. Pourtant tout va bien. Hier encore était un jour de fête et de musique, ma nuit s'est une fois de plus terminée au Logo bar et j'y ai rencontré d'autres dj's et musiciens, en écoutant du "flamenco fusion" joué par des espagnols qui se gavent bien et Hassan, un guitariste super doué mais un poil trop speed dans la real life. Il lui faut bien l'énergie nécessaire pour gratter ses cordes aussi vite ! J'y rencontre Minwan, un français aux multiples origines, en partie asiatiques, qui vit à Hong Kong et fait tourner des artistes un peu partout en Asie, et en Chine plus particulièrement.
Je lui parle Didjeridoo, je lui file ma carte (je suis devenu un pro de la biz' card, processus inévitable de la vie à Shanghai) et je récupère son adresse mail pour lui envoyer les tracks de démo. J'ai enfin récupéré la piste que Max a bien voulu m'enregistrer et je dois dire qu'elle déchire bien. Le didje est bien mis en valeur, les breaks bien pensés et le morceau house empli de sons et de montées qui donnent parfois l'impression d'être dans la B.O. de Matrix. Avec ça, je vais pouvoir démarcher encore un peu plus sérieusement les agences, les clubs, les bars, les gens qui pourraient être intéressés par ce que je fais. C'est que c'est facile de dire : "Salut, je fais de la zik, un truc qui ne se fait pas encore ici, avec un son très particulier !" L'argument est vendeur, certes, mais comment vendre un son si les gens ne le connaissent pas, précisément ? Comment des gens peuvent me demander du didje s'ils n'en connaissent que le nom, et encore ? Bref, cette track de démo est bien ficellée et je l'ai déjà envoyée à Myles, en espèrant qu'il me confirme des dates. On verra bien.
Moi j'aimerais bien essayer de faire un truc avec Max aussi. D'abord parce qu'on s'entend bien, même si, au final, je le connais à peine. J'aime bien sa façon d'envisager la musique et de prendre des risques ici alors qu'il pourrait se la couler douce en France, puisqu'il était déjà musicien pro. J'aimerais bien monter un spectacle didje-house avec lui, parce qu'il serait beaucoup plus ouvert à mon son que d'autres dj's que je ne connais pas et qui vont craindre que je leur "vole" leur musique. L'idée lui plaît bien, je lui en ai déjà parlé et reparlé, il sait ce que je peux faire... mais il faut monter le truc, arrêter d'en parler, passer à la vitesse supérieure. Et il est surbooké. On verra bien, j'ai toujours des projets sous le coude et je cherche partout des gens qui peuvent être intéressés par ces mêmes projets. Comme Minwan, comme Seb, un autre dj américain, qui vient jouer le mercredi et qui m'a d'ores et déjà programmé avec lui. Il n'a jamais entendu un son comme le mien et ça le fait bien tripper, alors j'enchaîne avec lui. Trois jours avant notre soirée reggae dancehall, ce sera sympa de faire du didje, histoire de chauffer la voix. Les choses avancent, les choses avancent, les choses avancent....
Pourtant je suis nostalgique. Ma chérie me manque, horriblement, comme un lambeau de ma vie tendu avec une force inouïe entre la France et la Chine. J'ai 10.000 km de peau et de coeur suspendus dans les airs au-dessus des continents. Ca fait mal. J'espère que ça ne lâchera pas. Je soupire, je souffle, je respire à plein poumons pour me vider l'esprit : l'air a parfois cette vertu de chasser les idées comme l'eau chasse l'air. Je suis un bocal. Rempli d'émotions diverses et contradictoires, tour à tour rempli et vidé de mon contenu, je bascule entre un mode énergique et un mode croulant. Je dois me reposer.
Mais je ne peux pas, pas encore. Je dois rejoindre Yo et David (a.k.a. Don Dada) dans son superbe appartement, au plein coeur de la concession française. C'est sûr, ma chérie, ça te plairait absolument. Mais je t'assure que le prix est très dissuasif quand même. En chemin, je m'arrête acheter des cigarettes, la nicotine nécessaire pour doper mon organisme, c'est l'opium du peuple chinois (attention ! ne parlez pas d'opium ici, la guerre est finie depuis bien longtemps !). Malheureusement, il se trouve que le billet de 50 kwais que l'on m'a refilé hier au Logo est un faux, et je tente trois magasins qui refusent systématiquement mon billet. Les chinois sont un peuple pauvre : ils connaissent la valeur de l'argent autant que sa forme, ses inscriptions cachées et ses signes secrets. Moi, je suis un pauvre occidental, et entre un faux et un vrai, pour le moment, je ne vois aucune différence. N'empêche, je me retrouve sans une thune et sans une clope, et sous la pluie, pour courronner le tout, en attendant Yo qui tarde à arriver. La nostalgie dégouline sur mes chaussures et détrempe mes vêtements pendant que la pluie inonde mon coeur un peu plus ; ou bien est-ce l'inverse ?
Un peu plus tard, finalement, une fois Yo arrivé, la rencontre avec Don Dada faite et les idées pour la soirée partagées, je rentre à l'appart en me hissant dans le premier taxi venu. Ce qui n'est pas forcément facile. Vers 18h-18h30, c'est le gros rush et les taxis libres se font rares. Je marche longtemps, perdu dans mes pensées, avançant comme une ombre au milieu de l'agitation et de la pluie, et finalement j'en déniche un. Sur le trajet du retour, je sens l'étau se resserrer autour de mon humeur et la migraine gagner les circonvolutions de mon cerveau. "Pas maintenant foutu corps, ne me lâche pas maintenant !" Plongé dans ma dualité corps/esprit, je ne vois ni la pluie qui tombe, ni les lumières qui brillent dans la nuit jeune de Shanghai. J'ai l'impression de me dissoudre, je voudrais tant dormir.
Je regagne l'appart, vérifie mes mails et me jette sur le lit. Quelques pages de Murakami, histoire de me changer les idées et de fuir mon introspection, puis je m'endors, terrassé par un sommeil que je ne souhaitais que trop. Cette fois je ne rêve pas, heureusement, j'en ai marre de ces fantasmagories qui me font vivre une autre vie au moment où je devrais me reposer de la mienne. C'est fatiguant. C'est usant de se lever en étant fatigué des aventures oniriques de la nuit, je vous assure. J'ai tant de choses à faire ici, à quoi bon en faire en plus dans ma tête. Foutue imagination va !
Je me réveille à 21h, les idées un peu plus claires et la nuit un peu plus obscure. Je dois me motiver pour aller à la Fabrique, une boîte de nuit toute petite où il y a un concert d'artistes finlandais. Il devrait y avoir du monde et des gens de la musique, ce qui signifie distribution de flyers pour la soirée et de biz' cards. Je m'active. J'essaie de redonner de l'ordre à mes sensations et je bloque devant la fenêtre sur Shanghai. Cette ville qui ne dort jamais. J'avais bien connu New York, et l'agitation permanente des new-yorkais, mais ils ne font pas le poids face aux chinois. Une ville de 20 millions d'habitants ne peut jamais s'endormir comme un seul homme : chacun tirerait la couette de son côté si tout le monde dormait en même temps, c'est impossible. Alors on tourne. Pendant que les uns se reposent, les autres travaillent ou vaquent à leurs occupations. Moi je flotte entre les deux. Mi-endormi, mi-énergique, je suis comme un mélange de drogues mal calculé : les effets s'opposent et s'annulent. Je sens des larmes monter. Sans doute une façon de diminuer les tensions... Je prends ma nostalgie à deux mains et ma veste de l'autre, puis sors me replonger dans le marasme chinois, paradis absolu de celui qui veut se perdre.
J'arrive à la soirée et je réussis à entrer sans payer, grâce à un culot qui m'est propre et à la barrière des langues. Je me fais passer pour un pote du groupe qui joue. C'est toujours ça de pris. Certes je n'ai pas le ticket qui me donne droit à une conso, mais bon, c'est toujours moins cher de l'acheter que d'acquérir ce fichu ticket. Je prends un verre de vin rouge, parce que ça me fait toujours penser à quelqu'un que j'aime plus que tout, et que je cherche dans les symboles une once de sa présence. Je regarde le vin par transparence. Pour du vin rouge, je le trouve un peu rosé... Quant au goût, n'en parlons pas. Le vin chinois... Je rends le verre et on me propose une vodka en échange (avec une économie de 5 kwais, précisons-le). Tant pis pour les symboles, l'alcool fort aide tout aussi bien à symboliser les choses que les symboles eux-mêmes. Ou quelque chose comme ça.
La soirée se passe bien, j'ai un peu plus d'énergie grâce à ma sieste salvatrice et la musique est bonne. Quelques flyers par-ci par-là, un peu de relationnel, quelques connaissances que l'on croise... Shanghai est un village, un putain de grand village, certes, mais un village tout de même. On croise toujours quelqu'un, on reconnaît toujours un visage. Cela donne un côté agréable et plus humain à cette ville densément peuplée. Je retrouve le sourire et la musique me fait bouger. Il est 3h du mat quand je quitte les lieux et saute dans un des taxis qui attendent à la sortie des lieux festifs. Je regarde les lumières défiler avec un sourire teinté d'amertume : mes larmes coulent de nouveau. Promis, demain, je redeviens bizness man musicien et je reprends mon harcèlement téléphonique pour du travail, de la motivation, etc... En attendant, je m'accorde le droit d'apprécier mon spleen, de caresser du doigt mes nerfs à vif et ma sensibilité à fleur de peau. Ca me rappelle que je suis humain, et que je n'ai pas encore changé : ma chérie je t'attends, comme un bateau attends la marée pour repartir, comme les oiseaux attendent d'être cachés pour mourir...

Thursday, October 19, 2006

Inside-Charles-Tortured-Brain 1

Alors voici le départ de cette folle aventure. Et comme bien souvent, elle commence de nuit, l'heure où tout est possible, l'heure où l'on doute que demain revienne encore - comme dirait Gov' ;) - et même si c'est un peu sombre, dites-vous bien que la version jour est là aussi. Mais bon, c'est comme ça la Chine, y a des moments où on ne voit pas grand chose... et c'est parfois bien mieux comme ça ! ^^




And now, here is a little view of Shanghai by day, roots and culture, yessie ! Original street comin' up inna Charles mind fi ya tonight ! Enjoy it people, cos I&I want ya to feel smooth and easy, so big up fi all da Chinese people inna this ya video !

Un petit tour en taxi...

Pour ceux qui ont apprécié de voir Shanghai by night en photo, je leur propose un petit tour en taxi avec moi, vers quelques unes des rues les plus illuminées de Shanghai, un soir où je me rendais à une soirée franco-françcaise, pour distribuer quelques cartes et partir pendre une crémaillère, un fameux vendredi soir de cuite... Bref, mieux qu'un long discours, des images - comme dirait l'autre ;) - et je vous laisse découvrir un aperçu des rues de Shanghai...by night !
Magnéto Serge !

Wednesday, October 18, 2006

Les vidéos fonctionent !!!

Maintenant que tout ça fonctionne, je vais pouvoir faire passer mon blog à un autre niveau : le live, ou presque. Vous connaissez tous mon adoration pour les films en tous genres, surtout les trucs bien barrés et les conneries variées. Et en Chine, pour un occidental comme moi - malgré tout - ce n'est pas ce qui manque. Dans les précédents tests vidéos, vous avez pu découvrir quelques moments forts de la télévison locale, les gens que je connais en pleine concentration et même le stand Ricard et sa piste de pétanque. Désormais, je me lance dans reportage intitulé : Inside-Charles-Tortured-Brain, ou comment vous embarquer avec moi dans l'Empire du Milieu, parmi les chinois du quotidien et les choses qui sont arrivées tout près de chez moi - et non, cette fois, ce n'est pas arrivé près de chez vous ;)
La première étape de ce voyage formidable au pays de ma folie sera, naturellement, la sortie de l'appartement pour rejoindre le monde extérieur. Au programme, la descente en ascenseur, au timing improbable, l'arrivée dans la rue bien "roots" en bas de l'appart, où il se passe toujours plein de choses. Alors je sais, Delphine ne pourrait pas y vivre, mais c'est aussi ça la Chine, le dépaysement, la culture différente et les magasins pittoresques. Dès que j'aurai uploadé ces vidéos, vous pourrez voir, comme si vous étiez moi, les alentours de là où j'habite en ce moment. Alors évidemment, il y aura des passages de grande schyzophrénie, puisque j'apparaitrai aussi à l'écran, ce qui est une sorte de dédoublement de personnalité puisque, si vous étiez vraiment dans ma tête, vous ne devriez pas pouvoir me voir, enfin vous voir, enfin.... bon, vous avez compris le trip.
En route donc, très très prochainement, pour une sortie embarquée. En attendant, un petit aperçu de la tour, vue du bas, et des vieux chinois posés près des installations "sportives", pour faire leur exercice quotidien...

Stand Ricard inna Shanghai

Et oui, même ici,on peut voir des gens qui jouent à la pétanque. Les règles ont été écrites en chinois aussi, pour ceux qui veulent s'y essayer. Notez que le gars en costard noir est un chinois, et qu'il joue mieux que le français en chemise lol !!! Ils sont trop forts ces chinois !!!

Tuesday, October 17, 2006

Autre test vidéo ^^

Bon alors, nouveau test vidéo, parce qu'il y a tellement de choses bizarres qui se passent ici et que j'arrive à filmer qu'il serait dommage que vous n'en profitiez pas... Merci à Romrom, S.A.S. Ingénieur informaticien, sans qui je ne saurais jamais m'en sortir, dans ma vie, entre les chiffres bizarres, les codes html vindicatifs et le XoR !


Les chinois et la chanson française...


Les potes dans leur "bureau" de production vidéo...

Monday, October 16, 2006

Shanghai by Bus

Exclusive party comin'up soon in Shanghai City, you'll be doomed if you're not there !!!

Et tant pis pour ceux qui ne peuvent pas être là pour des raisons évidentes de spatio-temporalité ! Ce n'est pas une raison, merde !!! ^^
N'oubliez pas que vous pouvez cliquer sur les photos pour les avoir en taille réelle - et de meilleure qualité ! ;)

Sunday, October 15, 2006

Shanghai By Night

Une petite série de clichés prise depuis le toit de l'immeuble de l'appart où l'on a pendu une crémaillère - mais elle s'en remets - Vendredi soir...ce qui justifie ma cuite. Ca change énormément par rapport aux immeubles ma petite cité à Juan-les-Pins, non ?
Allez les amis, bientôt vous viendrez voir ça de vos propres yeux ! C'est juste histoire de vous mettre un peu d'eau à la bouche, en attendant l'alcool. ^^





The Dragonfly Effect

Le Stand qui fait plaisir pour la Semaine Française

Je dois vous avouer que ça commence à devenir de plus en plus difficile de dresser un énoncé clair et précis de chacune de mes journées à Shanghai. Et tout d'abord à cause des nuits. En effet, jusqu'à présent, même si je rentrais à 4h ou 5h du mat, je passais le temps nécessaire pour vous raconter mes aventures en détails pendant que mes souvenirs étaient encore chauds. Mais depuis ces deux derniers jours, cette simple activité se pare également du voile de la complexité. J'ai pris ma première cuite à Shanghai, ça y est. "Ca, c'est fait!" comme dirait l'autre. "Ce n'est pas bien difficile", me répondront ceux qui ont passé un de mes derniers week-end en France avec moi, et qui connaissent mon affection toute particulière pour le rhum. Alors d'accord ! Je ne suis pas un grand buveur, et c'est pour ça sans doute que je ne m'enflamme pas dans les bars et autres lieux de perversion alcoolisée, malgré le prix irrémédiablement bas des consos - j'en connais plus d'un qui finirait ivrogne ici... Mais bon, là n'est pas la question.
Tout ça pour vous dire que je diminue un peu le rythme, non pas de mes posts, parce que même si je n'ai rien à dire ça me fera toujours plaisir de le signaler - vous me connaissez ! - mais de la description détaillée que je vous livrais jusqu'à présent. Les choses avançant comme elles le font, je risque d'avoir moins de temps pour m'étendre dans les détails - sauf ceux bien croustillants, comme un baozi frit - et je vais devoir remplir tous mes objectifs, en temps et en heure. Et comme les heures défilent d'une manière assez étrange, mieux vaut être prudent. C'est vrai, ici, le jour semble avoir un rythme bien à lui. On peut tout à fait aller dîner au restaurant, puis aller voir des gens, boire une bière, discuter.... et quand on ressort, il est 6h du mat' et le soleil brille suffisamment pour que je remette mes lunettes. Avec ma cuite de vendredi soir, cet effet s'en est même trouvé décuplé. A 7h, j'étais sur un muret, dégustant goulûment mes baozis du matin - avec d'autant plus d'appétit que c'était mon premier repas depuis bieeeeeeeeen longtemps - en me rinçant le gosier avec mon reste de Carlsberg. Les chinois me regardaient avec un air mi-amusé, mi-critique, pensant sans doute assister, une fois de plus, à la déchéance de la race blanche occidentale. Et ils n'ont pas tout à fait tort. A l'heure où une bonne partie d'entre eux est déjà levée et sur le chemin du travail, moi, bourré, je mangeais sur le bord d'un muret, assis à côté d'eux. Au moins je me mêle au peuple chinois, contrairement aux occidentaux nourris de culture colonialiste, qui ne se mélangent jamais aux autochtones - aux "indigènes" me corrigeront-ils. Salauds !
Prendre une cuite est un constat alarmant, prendre une cuite un vendredi est une chose encore pire : il faut encore survivre au samedi soir. Mais pour moi, ma mission est simple : pas d'alcool. Ce n'est pas un objectif très difficile à remplir puisque mon estomac gère l'affaire, et qu'il me fait bien comprendre qu'il n'est pas d'accord. Je plie mais ne rompt point. Je me contente d'un bon film dans l'après-midi, d'un petit resto avec des gens... et je dois sortir. Je dis "je dois" - ça ferait un bon gimmick de chanson ! - parce que j'ai rendez-vous avec Yo au Blue Ice pour négocier les détails de la soirée - et je vous les passe - puis je dois aller au Bonbon, grosse boîte fashion à donf, pour voir jouer Blaise et, enfin, il me faut passer prendre mon didje et filer au Logo pour l'afterparty avec Sam, le dj américain à qui j'aimerais bien montrer mon niveau au didje. Bref, programme chargé et tête dans le cul : un charmant mariage. Mais j'assure.
La négociation se passe tranquille, je vous en dirai plus lorsque nous aurons fait le flyer de la soirée, pas avant - parce que c'est un blog public et qu'on ne sait jamais les espions virtuels qui peuvent venir fouiner. Le restaurant est agréable et la nourriture ravit mon estomac. Le Bonbon, et là je m'attarderai à peine plus sur la description, est hallucinant. Et pas forcément dans le bon sens du terme. Certes, c'est une grosse boîte. Des gens attendent dans les escaliers juste devant, et déjà on peut envisager la clientèle de l'endroit. A l'accueil, quelques hommes de mains style Yakuzas triadisés en costard impec', des petites chinoises qui ne vous sourient pas en vous réclamant 70 kwais pour rentrer. Ca fait cher pour ici. Je m'en fous, "Wo shi Dj" et mon nom est sur la Guestlist, et je dégoûte légèrement trois françaises en train de sortir leur portefeuille. Moi, on m'escorte jusqu'à l'entrée. Ca me plaît, bien évidemment.
A l'intérieur, c'est grosse ambiance. Hip-hop américain à donf, avec un gros black façon Jay-Z qui chante par-dessus, et une concentration de biatches impressionante. J'ai jamais vu des chinoises habillées comme ça. En France, et sans doute ailleurs dans le monde, une telle tenue vous conduirait de suite en prison pour proxénétisme aggravé. Ici, elles dansent sur les podiums, sans avoir été recrutées par la boîte, et exhibent strings au-dessus du taille-basse et porte-jarretelles apparents. C'est n'importe quoi. Je lutte pour trouver la backroom où joue Blaise parce qu'il n'y absolument aucune indication. Je suis sûr que 75% des gens dans la salle principale ne savent même pas qu'il y a quelque chose derrière. Du coup il n'y a personne. Mais bon, il est payé pareil, alors il s'en fout. Il a bien raison. Je reste jusqu'à 1h, le temps de donner quelques cartes et de faire de la pub pour notre soirée, puis je file à l'appart chercher mon didje, direction le Logo, my second home.
La soirée se passe nickel, il y a presque une cinquantaine de personnes qui afflue quand la musique bats son plein et je joue pendant deux bonnes heures. Sam pense aussi qu'il y a moyen de faire un truc, il me présente un autre dj résident de gros clubs locaux et on parle musique, évidemment. Je reçois un appel complètement trippé, à 4h du mat', de Myles, le sud-africain music consultant, qui me dit qu'il a des plans pour moi, qu'il attends des dates pour les soirées, que son associé est emballé par l'idée, et que je ne dois surtout signer aucun contrat d'exclusivité si on m'en propose un. Bien évidemment, "i'm an artist, i just wanna be free !" lui réponds-je. Il me rappelera plus tard, parce qu'apparemment il ne peut pas trop faire de bruit. J'hallucine. Parfois, et même en anglais, on n'arrive pas à tout comprendre ce qu'il se passe dans cette big city of Shanghai.
Lorsque je sors du Logo, il est encore 6h passé, le soleil brille, les oiseaux chantent - si si si ! - et les chinois hallucinent de me voir avec mon didje. Je suis l'attraction de tout le staff en cuisine au restaurant où j'achète mes baozis, alors du coup, pour leur faire plaisir, je leur montre ce que c'est et souffle pendant 5 minutes. Explosion de rires et sourires ravis sur tous les visages. Effectivement, ils n'ont jamais vu ça. Et ça leur plaît. Du coup, ils m'offrent même un baozi, pour me remercier du spectacle. "Ils sont vraiment oufs ces blancs !" doivent-ils penser. Et, encore une fois, ils n'ont pas complètement tort - surtout en ce qui me concerne.
Ainsi, ma première paie reçue en récompense de ma prestation à Shanghai : un baozi. Un jour, quand je gagnerai des sous, et peut-être ma vie, en jouant de la musique, je me rappellerai ce baozi, symbole du début de ma nouvelle existence en tant qu'artiste reconnu comme tel, enfin.