A Shanghai, chaque jour est bien différent des précédents, et sans doute des suivants. Alors je sais, je vois déjà les sourires ironiques teinter vos sinistres visages : "Et alors, mec ! C'est partout pareil ! C'est quoi ces banalités ?!?". Je sais, je sais, ne croyez pas que je sois adepte de la banalité, loin de moi cette attitude - à la limite, la bananalité me sieds mieux. Le fait est qu'à Shanghai, tout bouge quand même un peu plus vite qu'ailleurs dans le monde, en tout cas bien plus que dans cette vieille France, dont seuls quelques gens me manquent. Enfin bon, mieux qu'un long discours d'introduction, un long discours d'explications. ^^
Lorsque je me lève ce matin, par exemple, je.... Oui ? Comment ? De quoi ? Comment est-ce possible ? Merci de me poser la question, je vois que vous suivez l'histoire, c'est bien. Effectivement, depuis quelques jours, je me lève le matin...enfin bon, ok, à 10h30 au plus tôt. C'est déjà une évolution positive, non mais oh ! C'est pas de ma faute à moi si mon midi est légèrement excentré. Tout ça c'est qu'un concept : midi, c'est le milieu de la journée, si bien qu'il n'est en fait possible de le désigner qu'une fois couché, parce qu'on ne sait jamais, ici, la longueur que peut prendre une journée. Alors bon, les concepts temporels artificiels créés pour que la ménagère de moins de 50ans puissent savoir quand se mettre devant les Feux de l'Amour, moi, ça me passe loin, très loin au-dessus de la tête. Pffff, mauvaises langues va ! ...... Je reprends.
Lorsque je me lève ce matin, je profite qu'Ai Li soit encore en train de dormir pour squatter internet. C'est vrai, après tout, c'est son ordi - c'est pas notre connexion, là on est à égalité ;) - et ça me gène un peu, quand même - oui Nono, tu as bien lu ;) - de passer mon temps sur le net quand elle est là. Je sais aussi partager, j'ai appris ça pendant mes stages de civilisation sociale. Bref, son sommeil est lourd et je tape légèrement sur le clavier, tout va bien. Un petit tour sur la boîte mail, un petit tour sur des forums locaux et autres, quelques conneries postées par-ci par-là, et ma journée commence. J'ai toujours un mail ou un texto à envoyer, une réponse à attendre... La vie du biznessman en gros. Mission : faire une mailing-list pour les flyers. Je me saisis de toutes les cartes de visite amassées depuis mon arrivée, et même avant, puis j'envoie un flyer à chacun. Ils ne viendront pas tous, mais c'est ça aussi la com' : battre l'air avec du vent.
Par rapport à mon week-end, je suis en forme. J'ai délaissé le spleen pour ressortir le lion que je suis et je suis bien gonflé à bloc. Premier appel que je reçois, Myles - l'agent sud-africain. Il bafouille un peu, m'explique en quelques mots qu'il a beaucoup aimé la track de démo mais que les chinois sont sceptiques, qu'ils ne savent pas si les gens vont aimer, s'ils vont rester, qu'ils n'ont encore jamais fait de performances comme ça ("really ?" >_<) et que, surtout, ils ignorent combien ça va leur rapporter. Ahahah, voilà le vrai problème. Rhaaa, ces chinois, j'te jure! Les sous, les sous, les sous... Bon, ok, c'est mort pour les dates à la fin du mois, mais Myles me dit qu'il attend des nouvelles de son associé parti en Afrique du Sud parce qu'ils organisent un évènement à la fin de l'année et que là, c'est sûr, ils ont besoin de moi. "OK, man ! Just tell me whenever you got something fuckin' sure !" Non mais oh, c'est pas Ari Gold non plus...
Bref, petit coup au moral, mais Shanghai c'est ça. Ca bouge tout le temps, ça change inexorablement, à chaque minute qui passe. Ce qui était bon hier peut très bien être obsolète aujourd'hui, et vice-versa. De toute façon, je ne compte pas exclusivement sur Myles pour me trouver du taf, j'ai aussi mes plans à moi. Ma technique du parasite est toujours en pleine expansion, et j'ai d'autres gens à contaminer. J'envoie un texto à Julien a.k.a. V.V.IP pour qu'on se voit et qu'on discute un peu des possibilités d'introduire le didje (tsss ! tssss!) dans les nuits shanghainaises - shanghaiennes ? - et je renvoie un texto à Max pour lui assurer que je suis motivé pour monter un spectacle didje-house.
Montrer qu'on est motivé, c'est la première chose importante à faire à Shanghai. Cette ville est comme le tonneau des Danaïdes : vous avez beau y jeter toute l'énergie et la motivation que vous possédez, ce n'est jamais suffisant : il ne se remplit pas. J'ai rencontré quelques personnes, vivant à Shanghai depuis quelques mois déjà, et épuisées du rythme et de l'énergie nécessaire pour avancer dans cette ville. C'est vrai, je peux le comprendre. Moi, je suis fraîchement arrivé, je suis plein de projets en tête, et j'ai eu l'habitude de canaliser mes surplus d'énergie par des moyens psychotropiquement viables, alors je tiens le coup. "I'm gonna be Iron, like a Lion, in Zion !" Je sais qu'il faut résister à tout ce Babylon system et le prendre à son avantage. Je suis un peu moins fort parce qu'une partie de moi est restée en France - mais arrive bientôt !!! - mais je tiendrai le coup, je m'en fais la promesse. Je renvoie quelques mails à des gens du monde de la zik et quelques textos de relance. Le parasite, le parasite, le parasite... Muhahahahaha !!!
Dans l'après-midi, je vais chez Blaise lui reformater son laptop parce qu'il ne s'en sort pas, et que j'ai l'expérience du ruff format sur pc... Ce n'est pas pour rien que je cherche à m'acheter un mac ! Puis je file rencontrer une chinoise architecte qui veut ouvrir, avec sa boîte, un café au dernier étage de leur immeuble. Ils cherchent un chief-manager et le poste peut m'intéresser. Je n'oublie pas qu'un de mes projets, en Chine, est d'ouvrir un resto. Ca peut être intéressant d'aller y faire un tour. Effectivement, le cadre est pas mal, les fonctions très sérieuses, peut-être un peu trop... Je ne peux pas passer 60 à 70h dans un café et refuser de partir en tournée ou en concert - parce que c'est ce que je veux faire avant tout. Or accepter de me jeter corps et âme dans ce projet signifierait faire une croix sur la musique. Hors de question ! Mais c'est toujours intéressant de faire des entretiens en Chine : ça vous montre comment ça se passe ici et combien les entretiens en France sont fictifs et totalement superficiels. Ici, comme partout dans le monde sauf en France, on vous demande vos compétences, ce que vous savez faire et quelles sont vos idées ; pas l'école dont vous êtes diplômés ni si elle est à Paris ou pas. C'est tellement agréable...
L'après-midi passe vite, la nuit tombe tôt, et je rentre chercher mon didje pour aller voir Julien et, peut-être, un de ses potes agents. En chemin, je reçois un coup de fil - mais je vais bien - du Consulat d'Australie, que j'avais contacté la semaine dernière. En effet, la semaine australienne est organisée et je leur proposais mes services pour venir jouer du didjeridoo, qui est quand même un petit peu l'emblême de ce pays. Malheureusement, ils avaient déjà prévu de faire venir quelqu'un alors ils n'ont pas beosin de moi, m'ont-ils dit. Je décroche, c'est Kimberley - un bon nom d'australienne ça aussi... - qui me dit, texto : "Hi Charles, I got some good news, the didjeridoo player we booked just fucked up !". Je souris et lui confirme que je suis très déçu pour eux... Heureusement, je suis là, et je peux me débrouiller pour me libérer en fin de semaine. Elle est trop contente d'avoir gardé mon numéro, et moi je suis trop content d'avoir appelé pour les prévenir qu'un joueur de didjeridoo vivait à Shanghai. Jeter des lignes un peu partout augmente nécessairement les chances de prendre du poisson. On prend rendez-vous pour mercredi, et on va négocier le contrat. Après tout, s'ils étaient prêts à payer l'avion et l'hôtel, ils doivent avoir des sous pour moi ! J'exulte enfin... Soulagé !!! Je pars voir Julien son pote agent ne répond pas au téléphone, mais il se trouve que je l'ai déjà rencontré, sans même le savoir, et qu'il a déjà ma carte. Il va lui reparler de moi dans la semaine, promis !
A Shanghai, chaque jour est bien différent des précédents, et sans doute des suivants. Et pour ceux qui souriaient en lisant cette phrase au début de ce post, j'espère que ces quelques descriptions vous auront convaincu de la véracité de mes propos. Ici, du jour au lendemain, vous pouvez être surbooké, ou dans l'inactivité la plus profonde. Tout dépend de votre motivation, de votre énergie, de vos contacts, bien sûr, mais aussi de votre self-esteem. Et en tant que mégalo pour survivre, ce n'est pas ce qui me manque. Au pire, quand je suis fatigué, j'en appelle à tous les personnages qui vivent dans ma tête, pour qu'ils me prêtent un peu de leur force, et m'aident à avancer. Ca sert d'être un joyeux schyzophrène dans une ville de malades ! Mais bon, au final, malgré les sautes d'humeur et les retournements de situations, une seule conclusion s'impose à mon esprit : j'adore Shanghai !!!

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