Sunday, October 08, 2006

Et au milieu coule une rizière...

Je me réveille vers 8h30, la tête à l'envers et les cheveux qui poussent dedans. Où est-ce que je suis ? Ah oui ! Je reconnecte les éléments. Je prends mes affaires et sort en faisant attention de ne réveiller personne. J'atterris dans la rue, grouillante, sonore, odorante... chinoise. Je m'oriente vers l'appartement d'Ai Li en espèrant le retrouver. Certes, j'ai un bon sens de l'orientation mais je suis arrivé la veille, je n'ai quasiment pas dormi et je n'ai pas réellement repérer les lieux. De plus, je n'ai ni téléphone ni numéros. Au pire, je rebrousserai chemin.
Je déambule dans les rues avec mes lunettes rouges et la bouche pâteuse. Autour de moi ça braille, ça klaxonne, ça klaxonne en braille et ça me regarde. Je sais, i'm the foreigner here. Je rentre dans un magasin et j'achète de l'eau, un paquet de biscuit et un truc chinois que je sais pas ce que c'est mais qui à l'air bon. "Xiexie, zai jian". Je reprends ma route.
J'observe les noms des rues et les enseignes lumineuses. Je suis très visuel alors je me repère aux lieux et aux choses bizarres que j'avais noté en arrivant : un chantier en bordel, un salon de massage, une boutique de fruits. Je retrouve le chemin. Après quelques minutes d'hésitation, je retrouve aussi l'immeuble. Je prends l'ascenseur au milieu d'une dizaine de chinois qui m'observent et parlent entre eux. Je ne comprends rien et c'est sans doute mieux ainsi, dans l'immédiat. Quand on est un occidental en Chine, il vaut mieux se préparer à être un peu une bête de foire, ça évitera de se sentir mal. Moi je m'en fous et en plus je fais une tête ou deux de plus qu'eux. Je regagne l'appartement.
Ai Li est levée et se prépare tranquillement. J'en profite pour ranger mes affaires dans le placard qu'elle a eu la gentillesse de me réserver. Ca fait un peu plus clean une fois tout mon bordel caché derrière des portes. Satisfait de mon ménage, je me pose sur le lit et m'étire. Le matelas est incroyablement dur mais je suis bien allongé. Il est 9 heures passé, je ferme les yeux. Une petite sieste ne me fera pas de mal. Je me réveille par intermittence. Ai Li mange, Ai Li n'est plus là, Ai Li écoute de la musique. Mes paupières sont lourdes. Je reste couché. Quand je me réveille enfin vraiment, Ai Li est avec Lilou (Leeloo ?), sa copine italo-chinoise. Je me lève finalement et tente de reprendre mes esprits. Il est presque 16h. Je m'en veux de n'avoir pas profité de la journée mais je me rappelle que je ne suis pas là pour quinze jours : j'ai le temps de visiter. Je prévois ma mission du lendemain : acheter un téléphone portable. Je joue un peu de guitare, écoute les filles se parler en chinois sans comprendre grand chose puis je descends au cybercafé avec Ai Li, qui m'aide à m'installer sur place. La pièce est énorme, remplie d'écrans qui clignotent et de chinois qui jouent, pour la plupart. Ca me donne envie de replonger dans les MMORPGs mais je me retiens : j'ai trop de choses à faire pour me perdre virtuellement.
Après avoir (presque) eu ma dose vitale d'échanges amoureux avec ma chérie et envoyer quelques mails aux gens de Shanghai pour récupérer des numéros de téléphone, je rentre à l'appart. Nous avons rendez-vous au restaurant dans une heure avec Yao, un chinois que j'avais rencontré lors de mon précédent séjour, qui parle bien français et qui était motivé par mon projet de restaurant. Le bougre repart en France à la fin de la semaine - au grand déplaisir d'Ai Li, mais c'est une autre histoire... - mais il veut me présenter un autre chinois intéressé par ce projet.
Nous allons dans mon restaurant préféré, pour l'instant, où ils font un délicieux poulet au citron. Bien évidemment, nous commandons d'autres plats et buvons de la TsingTao. Le chinois que Yao me fait rencontrer - nous l'appelerons Alec puisque je n'ai pas pu savoir son vrai nom chinois - parle un bon anglais, tout comme sa copine avec qui il est venue, une petite chinoise très mignonne, qui joue du violon et doit avoir quinze ans de moins que lui. C'est comme ça. Nous parlons du resto, échangeons nos idées et partageons de suite certaines affinités : même conception de l'importance de la déco, de l'ambiance, et même goût pour le plaisir de manger. Il a l'air d'avoir un très bon poste, gagne bien sa vie et occupe un appart de 180 m. carrés dans un quartier chic de Shanghai. Il envisage de le vendre pour pouvoir investir dans le resto. Mon projet prend forme. C'est un rêve de longue date qu'il nourrit également. Il connaît bien le marché chinois, les préférences culturelles et à l'air bien motivé pour étudier sérieusement le projet. Je me sens d'humeur de faire de même. Nous finissons par trinquer ensemble, "for the future. Gambei !" Mon premier verre échangé autour d'un projet professionnel en Chine. Peu importe ce qu'il adviendra par la suite, c'est déjà un bon début.
Nous nous quittons en nous serrant chaleureusement les mains et nous rentrons nous caler à l'appartement avec Ai Li. Demain, j'ai une mission, il faut que je me lève. On regarde quand même le spectacle de Florence Foresti et Mariages, avec Jean Dujardin. Puis le sommeil me gagne. Deuxième nuit à Shanghai.

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