Sunday, October 22, 2006

In the (bad) mood for love

Et bien voilà, cela fait plus de deux semaines à Shanghai, deux longues semaines qui ont filé rapidement, et je me tape mon premier jour de spleen... Chute d'énergie, fatigue, mauvais rêves, musique triste, introspection, nostalgie ; le cocktail distillé par mon corps en ce samedi pluvieux me laisse un goût amer et les lèvres arides. Pourtant tout va bien. Hier encore était un jour de fête et de musique, ma nuit s'est une fois de plus terminée au Logo bar et j'y ai rencontré d'autres dj's et musiciens, en écoutant du "flamenco fusion" joué par des espagnols qui se gavent bien et Hassan, un guitariste super doué mais un poil trop speed dans la real life. Il lui faut bien l'énergie nécessaire pour gratter ses cordes aussi vite ! J'y rencontre Minwan, un français aux multiples origines, en partie asiatiques, qui vit à Hong Kong et fait tourner des artistes un peu partout en Asie, et en Chine plus particulièrement.
Je lui parle Didjeridoo, je lui file ma carte (je suis devenu un pro de la biz' card, processus inévitable de la vie à Shanghai) et je récupère son adresse mail pour lui envoyer les tracks de démo. J'ai enfin récupéré la piste que Max a bien voulu m'enregistrer et je dois dire qu'elle déchire bien. Le didje est bien mis en valeur, les breaks bien pensés et le morceau house empli de sons et de montées qui donnent parfois l'impression d'être dans la B.O. de Matrix. Avec ça, je vais pouvoir démarcher encore un peu plus sérieusement les agences, les clubs, les bars, les gens qui pourraient être intéressés par ce que je fais. C'est que c'est facile de dire : "Salut, je fais de la zik, un truc qui ne se fait pas encore ici, avec un son très particulier !" L'argument est vendeur, certes, mais comment vendre un son si les gens ne le connaissent pas, précisément ? Comment des gens peuvent me demander du didje s'ils n'en connaissent que le nom, et encore ? Bref, cette track de démo est bien ficellée et je l'ai déjà envoyée à Myles, en espèrant qu'il me confirme des dates. On verra bien.
Moi j'aimerais bien essayer de faire un truc avec Max aussi. D'abord parce qu'on s'entend bien, même si, au final, je le connais à peine. J'aime bien sa façon d'envisager la musique et de prendre des risques ici alors qu'il pourrait se la couler douce en France, puisqu'il était déjà musicien pro. J'aimerais bien monter un spectacle didje-house avec lui, parce qu'il serait beaucoup plus ouvert à mon son que d'autres dj's que je ne connais pas et qui vont craindre que je leur "vole" leur musique. L'idée lui plaît bien, je lui en ai déjà parlé et reparlé, il sait ce que je peux faire... mais il faut monter le truc, arrêter d'en parler, passer à la vitesse supérieure. Et il est surbooké. On verra bien, j'ai toujours des projets sous le coude et je cherche partout des gens qui peuvent être intéressés par ces mêmes projets. Comme Minwan, comme Seb, un autre dj américain, qui vient jouer le mercredi et qui m'a d'ores et déjà programmé avec lui. Il n'a jamais entendu un son comme le mien et ça le fait bien tripper, alors j'enchaîne avec lui. Trois jours avant notre soirée reggae dancehall, ce sera sympa de faire du didje, histoire de chauffer la voix. Les choses avancent, les choses avancent, les choses avancent....
Pourtant je suis nostalgique. Ma chérie me manque, horriblement, comme un lambeau de ma vie tendu avec une force inouïe entre la France et la Chine. J'ai 10.000 km de peau et de coeur suspendus dans les airs au-dessus des continents. Ca fait mal. J'espère que ça ne lâchera pas. Je soupire, je souffle, je respire à plein poumons pour me vider l'esprit : l'air a parfois cette vertu de chasser les idées comme l'eau chasse l'air. Je suis un bocal. Rempli d'émotions diverses et contradictoires, tour à tour rempli et vidé de mon contenu, je bascule entre un mode énergique et un mode croulant. Je dois me reposer.
Mais je ne peux pas, pas encore. Je dois rejoindre Yo et David (a.k.a. Don Dada) dans son superbe appartement, au plein coeur de la concession française. C'est sûr, ma chérie, ça te plairait absolument. Mais je t'assure que le prix est très dissuasif quand même. En chemin, je m'arrête acheter des cigarettes, la nicotine nécessaire pour doper mon organisme, c'est l'opium du peuple chinois (attention ! ne parlez pas d'opium ici, la guerre est finie depuis bien longtemps !). Malheureusement, il se trouve que le billet de 50 kwais que l'on m'a refilé hier au Logo est un faux, et je tente trois magasins qui refusent systématiquement mon billet. Les chinois sont un peuple pauvre : ils connaissent la valeur de l'argent autant que sa forme, ses inscriptions cachées et ses signes secrets. Moi, je suis un pauvre occidental, et entre un faux et un vrai, pour le moment, je ne vois aucune différence. N'empêche, je me retrouve sans une thune et sans une clope, et sous la pluie, pour courronner le tout, en attendant Yo qui tarde à arriver. La nostalgie dégouline sur mes chaussures et détrempe mes vêtements pendant que la pluie inonde mon coeur un peu plus ; ou bien est-ce l'inverse ?
Un peu plus tard, finalement, une fois Yo arrivé, la rencontre avec Don Dada faite et les idées pour la soirée partagées, je rentre à l'appart en me hissant dans le premier taxi venu. Ce qui n'est pas forcément facile. Vers 18h-18h30, c'est le gros rush et les taxis libres se font rares. Je marche longtemps, perdu dans mes pensées, avançant comme une ombre au milieu de l'agitation et de la pluie, et finalement j'en déniche un. Sur le trajet du retour, je sens l'étau se resserrer autour de mon humeur et la migraine gagner les circonvolutions de mon cerveau. "Pas maintenant foutu corps, ne me lâche pas maintenant !" Plongé dans ma dualité corps/esprit, je ne vois ni la pluie qui tombe, ni les lumières qui brillent dans la nuit jeune de Shanghai. J'ai l'impression de me dissoudre, je voudrais tant dormir.
Je regagne l'appart, vérifie mes mails et me jette sur le lit. Quelques pages de Murakami, histoire de me changer les idées et de fuir mon introspection, puis je m'endors, terrassé par un sommeil que je ne souhaitais que trop. Cette fois je ne rêve pas, heureusement, j'en ai marre de ces fantasmagories qui me font vivre une autre vie au moment où je devrais me reposer de la mienne. C'est fatiguant. C'est usant de se lever en étant fatigué des aventures oniriques de la nuit, je vous assure. J'ai tant de choses à faire ici, à quoi bon en faire en plus dans ma tête. Foutue imagination va !
Je me réveille à 21h, les idées un peu plus claires et la nuit un peu plus obscure. Je dois me motiver pour aller à la Fabrique, une boîte de nuit toute petite où il y a un concert d'artistes finlandais. Il devrait y avoir du monde et des gens de la musique, ce qui signifie distribution de flyers pour la soirée et de biz' cards. Je m'active. J'essaie de redonner de l'ordre à mes sensations et je bloque devant la fenêtre sur Shanghai. Cette ville qui ne dort jamais. J'avais bien connu New York, et l'agitation permanente des new-yorkais, mais ils ne font pas le poids face aux chinois. Une ville de 20 millions d'habitants ne peut jamais s'endormir comme un seul homme : chacun tirerait la couette de son côté si tout le monde dormait en même temps, c'est impossible. Alors on tourne. Pendant que les uns se reposent, les autres travaillent ou vaquent à leurs occupations. Moi je flotte entre les deux. Mi-endormi, mi-énergique, je suis comme un mélange de drogues mal calculé : les effets s'opposent et s'annulent. Je sens des larmes monter. Sans doute une façon de diminuer les tensions... Je prends ma nostalgie à deux mains et ma veste de l'autre, puis sors me replonger dans le marasme chinois, paradis absolu de celui qui veut se perdre.
J'arrive à la soirée et je réussis à entrer sans payer, grâce à un culot qui m'est propre et à la barrière des langues. Je me fais passer pour un pote du groupe qui joue. C'est toujours ça de pris. Certes je n'ai pas le ticket qui me donne droit à une conso, mais bon, c'est toujours moins cher de l'acheter que d'acquérir ce fichu ticket. Je prends un verre de vin rouge, parce que ça me fait toujours penser à quelqu'un que j'aime plus que tout, et que je cherche dans les symboles une once de sa présence. Je regarde le vin par transparence. Pour du vin rouge, je le trouve un peu rosé... Quant au goût, n'en parlons pas. Le vin chinois... Je rends le verre et on me propose une vodka en échange (avec une économie de 5 kwais, précisons-le). Tant pis pour les symboles, l'alcool fort aide tout aussi bien à symboliser les choses que les symboles eux-mêmes. Ou quelque chose comme ça.
La soirée se passe bien, j'ai un peu plus d'énergie grâce à ma sieste salvatrice et la musique est bonne. Quelques flyers par-ci par-là, un peu de relationnel, quelques connaissances que l'on croise... Shanghai est un village, un putain de grand village, certes, mais un village tout de même. On croise toujours quelqu'un, on reconnaît toujours un visage. Cela donne un côté agréable et plus humain à cette ville densément peuplée. Je retrouve le sourire et la musique me fait bouger. Il est 3h du mat quand je quitte les lieux et saute dans un des taxis qui attendent à la sortie des lieux festifs. Je regarde les lumières défiler avec un sourire teinté d'amertume : mes larmes coulent de nouveau. Promis, demain, je redeviens bizness man musicien et je reprends mon harcèlement téléphonique pour du travail, de la motivation, etc... En attendant, je m'accorde le droit d'apprécier mon spleen, de caresser du doigt mes nerfs à vif et ma sensibilité à fleur de peau. Ca me rappelle que je suis humain, et que je n'ai pas encore changé : ma chérie je t'attends, comme un bateau attends la marée pour repartir, comme les oiseaux attendent d'être cachés pour mourir...

1 comment:

Didjelirium said...

Hey hey, merci Brigante pour ces phrases à la philosophie certaine. Je ne sais quelle tourterelle cultivée t'aura soufflé ces palabres à ton oreille, mais elle était bien inspiré à ce moment là ;)
Ne t'inquiète pas va, i'm not yet so fuckin' fucked ! I'll be strong and I&I resist !!! Mais c'est vrai que quand la fatigue vous gagne, le moral vous perds... that's so fuckin' life man !
J'espère te voir bientôt dans l'Empire du Milieu qui est, ma foi, bien excentré ! ;)
See ya Brigante !
Carlito