Monday, October 09, 2006

Shanghai One Million Dollar Baby

Je suis assailli par une interrogation ontologico-métaphysique : que se passe-t-il le matin à Shanghai, je veux dire, dans la matinée ? Est-ce que l'orientation du globe, la force gravitationnelle, le décalage horaire, mon thème astral, le nombre d'immeubles, la taille des baozi's font que les journées shanghaiennes (ou shanghainaises, pourquoi pas ?) commencent vers 12h et se terminent peu avant 6h du matin ? Ou bien est-ce juste moi ? .... Je ne sais pas. Il faudrait que je puisse me réveiller un matin pour pouvoir tirer une once de conclusion à cette question qui me piétinne le cerveau dès que je me réveille. Mais pour le moment, c'est au-dessus de mes forces. Si je dois jouer dans des bars et des clubs, je n'ai pas intérêt à prendre un autre travail qui m'obligerait à me lever tôt, ou alors en accordant les jours, parce que sinon je serai de nouveau en retard... tous les jours... comme au lycée, sauf qu'ici ça me ferait un peu chier parce que je veux vraiment faire quelque chose. Bref... Je médite à tout cela. Et ça me prends bien les deux premières heures de la journée, en comptant un peu de lecture, d'écriture et de guitare. Je n'ose pas trop jouer du didje dans l'appart, j'ai peur d'éveiller la crainte chez les voisins et d'attirer leur foudre sur Ai Li. Alors je joue de la guitare, sans chanter très fort. C'est dur ! ^^
Dans l'après-midi, je vais chez Alex - ndlr : l'ex coloc - afin de bénéficier de sa technologie moderne qu'on appelle populairement le Net. Le Net plus ultra diront les petits-malins, sauf que si ça continue, ils vont être tristes et avoir un gros chagrin, même s'ils existent... J'envoie mon cv à Sophie, de SH, mais je n'ai pas l'impression que la boite mail fonctionne. Le mail me revient avec un truc bizarre que je sais pas si c'est un rejet ou non. J'appellerai plus tard. Je mets à jour le blog, enfin, parce que jusqu'à présent j'écrivais tout avec mes petites mains sur mon petit carnet avec mon pauvre petit stylo et ça fait une graaaaaaande histoire à taper au clavier maintenant. J'y passe mon après-midi, et une partie de la soirée, tout en discutant avec les quelques personnes que je croise en flagrant-délit de connexion. Je vis également un drame, affreux, horrible, nabuchodonosauroïdal : je rate ma chérie sur google talk. Je suis tellement devenu fou avec le pad de l'ordi d'Alex qui refusait de déplacer mon curseur que je n'ai pas vu que l'amour de ma vie essayait de ma parler... Je fulmine, je conspue, j'exècre. Bref, je m'en veux, et tous les personnages dans ma tête se rejettent la faute. C'est délicat à gérer. Dépité, je lui envoie un mail pour lui raconter le chemin qui ne sent pas la noisette et qui m'a écarté du carrefour où nous aurions pu nous croiser. Je t'aime ma chérie ! Tu me manques !!!
Comme on est en Chine et qu'il faut bien profiter de la culture locale, nous commandons des pizzas et lançons un dvd. Ai Li nous a rejoint. Moi, je découpe mon temps entre ma pizza pepperoni, le film semi-gore, semi-nimp que les filles ont lancé et mon blog. Je tape et tape et tape encore, comme possédé par les démons de minuit, mais j'arrive à rattraper mon retard. Entre temps, j'ai reçu deux textos. Un de Blaise, le dj que je dois voir pour les soirées reggae/ragga, qui me dit qu'il sera au Logo vers 22h, et un autre de Maxime, le manager du Logo, qui m'annonce : "Ce soir, c'est jam session !" Ok, les gars, vous voulez faire de la musique, j'arrive. Bon, quand je pars de l'appartement, il est 23h30, j'ai passé ma journée à squatter une connexion internet, sur un ordinateur qui n'est pas le mien, dans un appart qui n'est pas à moi. Charles dans toute sa splendeur ! ^^
Sur le chemin du bar, j'appelle Blaise. Il est déjà rentré, rongé de fatigue. C'est pas grave, on doit se voir bientôt pour s'organiser un peu. Je rentre dans le bar. Il est encore plus vide que la veille. Ca fait peur. En même temps, on est dimanche, fin des vacances nationales chinoises, la majeure partie des gens reprennent le taf le lendemain, pour ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir à reprendre aujourd'hui. Et oui, il faudra vous y faire : en Orient, le sacro-saint jour du seigneur dominical et chrétien n'est plus qu'une légende urbaine. Paraît-il que ça existe, mais personne ne l'a jamais vu.
En fond musical, de la guitare flamenca. C'est agréable. Je ne pensais pas entendre la musique qu'écoutait tout le temps mon père dans un petit bar de Shanghai. En fait, Manuel, celui qui s'occupe des projections vidéos, est espagnole d'origine. Ceci explique celà. On m'accueille par un joyeux "Ben il est où ton didje ?" qui signifie bien que j'ai réussi mon coup : je suis officiellement lié à mon instrument, et n'importe quel musicien apprécie qu'on le réduise ainsi. Sincèrement. Je peux aller le chercher, je suis pas trop loin. En attendant, le jam session s'organise un peu. Je fais la connaissance d'une indienne qui joue de la batterie, des percus, de la guitare et qui chante ma foi fort bien. On se tape une petite impro reggae/hip hop qui laisse présager du bon si on fait des soirées régulièrement. Je prends la guitare et gratte quelques trucs. Je chante un peu de Sublime, repris en choeur par le copain de l'indienne et ses potes, des américains bien "dudes" qui m'ont l'air fort sympathiques. Ils sont en Chine depuis quelques temps, Taiwan pour l'un, Hong Kong pour l'autre, Shanghai pour le dernier. Ensuite vient un guitariste espagnol et s'ajoute à la composition. Entre temps, j'ai fait un saut vite fait pour récupérer mon didje. Je switch entre ça et la percu, selon l'humeur, la musique et l'état de mes lèvres. La fille chante super bien, que ce soit reggae, rock ou espagnol. Apparemment Maxime aimerait bien qu'elle vienne chanter un peu plus souvent. Avec le monde qu'il essaie de recruter et la bonne volonté qu'il mets dans tout ça, ce serait dommage que les choses n'avancent pas quand même !
La nuit défile avec ses heures pendant que nous jouons de la musique. Emporté dans une faille spatio-temporelle une fois de plus, je sors du bar vers 4h30, le didje sur l'épaule, imposant le respect. Je trippe en observant les réactions des chinois face à ce blanc et à son bout de bois peint. Vu l'heure avancée, il y a encore étonnement de monde dans les rues. Je croise des chinois sur leurs appareils de sport en plein air (dont ils ont l'air de raffoler, il faudra que j'en prenne un photo un de ces quatre), des chinois qui passent à vélo, des chinois qui travaillent sur des chantiers, des chinois qui tiennent leur magasin ou leur restaurant.... Ils sont fous chez chinois, ils sont toujours en train de faire quelque chose. C'est pas en France, même dans une ville qui bouge, que l'on croiserait autant de monde à presque 5h du mat. C'est génial. Je rentre, fatigué mais content, ivre de musique et d'autre-part. Je respire à plein nez l'odeur singulière de Shanghai, déambulant dans des rues qui m'étaient inconnues - ou presque - il y a à peine une semaine, et dont ils me semblent connaître à présent les moindres détours. Le phénomène commun à toute expatriation, à toute installation, à toute nouveauté...

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