Tuesday, October 31, 2006

Et Dieu créa le Pare-feu...

Et oui, je sais, ça faisait un bout de temps que je n'avais point écrit sur mon blog, et ce n'est pas faute d'avoir essayé... Tout d'abord la connexion que je squatte ne dépend, bien évidemment, pas de moi, de sorte que j'ai beau vouloir me connecter, si celui ou celle qui la possède ne la lance pas, je ne peux rien y faire. D'autre part, comme je suis dans ce merveilleux pays qu'est la Chine, à la liberté fort bien connue, j'expérimente aussi l'impossibilité d'accéder à mon blog, pour d'obscures raisons. Alors je pense, d'un côté profondément mégalo, que je suis victime du contrôle éxercé par les autorités au royaume d'internet. J'ignore pourquoi, mais mon blog ne leur a peut-être pas plu ? Pourtant je ne dis rien de méchant sur le peuple chinois ni sur son pays... D'un autre côté, et là c'est ma part sensée et objective qui parle, le firewall national chinois bloque systématiquement tous les blogs hébergés par Blogger - qui appartient à Google et qui est souvent bloqué par les autorités sur-compétentes. Bref, en résumé, je ne peux pas voir mon blog, et je n'arrivais même pas à accéder à Blogger.
Et pourtant j'en avais des choses à vous raconter... Là, comme ça maintenant, à froid, c'est plus pareil, mais c'est qu'il s'en passe des choses par ici, et la semaine qui commence s'annonce chargée. Première chose, tout d'abord : j'ai enfin joué du didjeridoo dans mon premier club ! Myles, le sud-africain qui m'avait lâché dans un des épisodes précédents, m'a appellé le jour-même pour me proposer de jouer avec lui au début d'un set, dans un club chinois : le Club Vegas.
Et c'est du bon club chinois ! Pour les clients - i.e. ceux qui paient l'entrée - c'est 50 kwais mais open bar toute la soirée. Et ça, l'open bar, le chinois ça aime beaucoup !!! A 21h, le club est déjà bien bien rempli et les boissons déjà bien descendues. On commence à jouer vers 22h, Myles se débrouille pour essayer de mettre en valeur le didje qui a du mal à percer au milieu de la zik - micro un peu cheap - mais ça donne pas mal. Je suis au milieu d'un escalier pour le premier étage, didje posé sur la rembarde, projecteur dans la gueule. Je vois pas grand chose mais j'entends un peu le son du didje alors ça va. Je joue pendant presque 1h, puis Myles me fait signe de faire une pause et je retourne profiter de l'open bar également. Je rencontre un gars qui bosse dans le textile. Brigante oblige, je lui file ma carte et lui parle du projet T-Shirts. Je récupère la sienne. Shanghai's way !
Finalement, alors que je devais jouer un autre set avec Myles, il arrête plus tôt que prévu et me dit que ça suffit pour ce soir. Je m'en fous, la paie est la même. Alors je trinque à ça.
Un peu plus tard dans la nuit, je file au C's, un bar juste derrière l'appart où j'avais déjà fini un soir au teint matinal - cf. la cuite de la crémaillère. Ce soir, et en cette fin d'Octobre, c'est halloween party, avec vieux tubes glauques des années 80 et tenues gothiques pour les plus acharnés. C'est marrant, ça change de l'ambiance club, et la bière est à 10 kwais... c'est pas cher, certes, mais pas cher c'est toujours plus cher que gratuit ! ^^ Je retrouve Blaise et Yo, deux des dj's avec qui je joue, plus d'autres personnes croisées par ci par là dans la nuit shanghaienne. L'ambiance village, une fois de plus.
Lorsque je rentre à l'appart, le jour est déjà bien levé, mais comme il se lève quand même super tôt ici, je ne culpabilise pas trop. Et puis, on est vendredi matin, le week-end commence... Pas d'inquiétude.
Je fais ici une pause dans ma narration parce qu'à partir de là, c'est plutôt compliqué comme planning. Mon week-end était très musical tout d'abord. Entre les heures passées à écrire des paroles, les chanter et tenter de les mémoriser pour la semaine d'après ; les aller-retours chez Blaise pour préparer le set, faire la sélection des pistes, etc, etc... J'ai écouté et fait beaucoup de musique. D'autant plus que c'était également le temps fort de la semaine australienne, pour laquelle je jouais. Je me suis donc pointé dimanche à Xin Tian Di, un quartier assez moderne et "européanisé" - mais pas trop d'eau - où il y a essentiellement des petits cafés et restaurants, plus un étang typiquement chinois. Sur cet étang était dressée un "maison", disons plutôt un salon présentant plusieurs stands de marques australiennes et de boutiques de la même origine installées à Shanghai. Je croise pas mal de monde, je ne passe pas inaperçu avec le didje sur l'épaule, mais on fête l'Australie alors c'est de bon goût. La question récurrente de ma journée, à chacune de mes rencontres avec ces australiens, était bien évidemment : "But you're not australian, right ?" Et non mec, je ne suis pas australien, et oui je joue du didje. Ils n'en reviennent pas que j'aie pu apprendre le didje en France. Et pourtant, s'il savait... N'est-ce pas Stéphane ? ;)
Je joue au milieu de l'expo, puis je file sur la scène au milieu de Xin Tian Di, où je peux disposer d'un micro et de toute une scène pour moi tout seul juste pour poser mes fesses et jouer. Je suis bien évidemment présenté au micro, en anglais et en chinois dans le texte y too, et je joue quelques morceaux selon l'inspiration. Avec la sono, et comme Xin Tian Di fait une sorte de U, le son résonne bien fort et je vois plus d'une personne au café qui tourne la tête. Le bruit du didje fait beaucoup sourire les chinois - une fois de plus - et ils sont très intéressés sur la possibilité de faire autant de son avec un bout de bois creux. Quelques questions, quelques explications traduites pour la foule, et un mea culpa public pour ne pas être vraiment australien, même si je porte le t-shirt du staff du consulat. C'est pas grave, le son est bon !
Ainsi, j'ai enfin pu jouer un peu de didje devant un public chinois et voir ainsi sa réaction face au didjeridoo. J'en déduis qu'ils sont vraiment intéressés par l'instrument et je pense que ça pourrait leur plaire de voir ça en night club avec du bon son, avec un set préparé pour jouer avec le didjeridoo, et je suis plus que jamais convaincu que j'ai raison de me bouger le cul ainsi pour le faire connaître. J'aurai au moins pu donner quelques cartes à des events managers de boites australiennes installées en Chine, ainsi qu'à un restaurateur qui voudrait peut-être me faire venir dans son resto. Des mots, toujours des mots, les mêmes mots... Mais au moins le bouche à oreille peut fonctionner. De plus, je vais avoir des photos pros - que le photographe qui couvrait l'évènement va m'envoyer - et je pourrai les joindre à ma bio et à mes tracks pour chercher du travail... La vie d'artiste, presque la vraie, bientôt la vraie...
Bien évidemment, cette description de mes dernières aventures est loin d'être exhaustive, et j'oublie certainement tout un tas de choses infiniment (in)intéressantes que j'aurais pu vous conter, mais bon... une certaine part de mystère est pas mal non plus. De plus, vous pouvez bien vous douter qu'il y a eu quelques passages au Logo, pendant ce week end, ainsi que dans d'autres endroits festifs où l'alcool est pas cher. J'ai croisé un bon nombre de gens de divers horizons, discuté de la vie à Shanghai une fois de plus et partagé les impressions de gens implantés depuis plus longtemps que moi. La vie sociale, comme je l'aime, dans la musique forte et l'alcool pareil. ^^
Cette semaine, j'ai un programme qui commence enfin à être chargé... J'ai un rendez-vous avec un réalisateur d'une boîte de production locale - que j'avais rencontré à une soirée CCIFC - parce qu'il veut monter un projet particulier et il aurait peut-être besoin de quelqu'un pour écrire le script, et participé à tout le tintouin. Moi ça me va, écrire j'aime ça ! On verra bien ce que ça donne. Mardi soir, soirée Halloween au Logo avec des potes dj's ; Mercredi soir, c'est Freaklub au Logo, avec d'autres dj's qui tournent bien également - donc bonne soirée pour moi et mes cartes de visite ^^ - et jeudi, c'est répétition du set de Samedi. Parce que Samedi, c'est grooooOOOOoooosse soirée au Blue Ice, et le premier essai de la nouvelle team du Uprooted Sunshine Crew. Let's see what happens !!! Et je vous tiendrai au courant de tout ça, bien évidemment, et si Internet et les autorités locales ne se liguent pas contre moi...
---> Promis, dès que je peux, je rajoute les photos qui illustreront ce post, pour ceux qui sont fâchés avec les lettres et qui en ont marre de lire mes phrases - n'est-ce pas Manu ? ;)

Tuesday, October 24, 2006

Iron like a Lion in Zion

A Shanghai, chaque jour est bien différent des précédents, et sans doute des suivants. Alors je sais, je vois déjà les sourires ironiques teinter vos sinistres visages : "Et alors, mec ! C'est partout pareil ! C'est quoi ces banalités ?!?". Je sais, je sais, ne croyez pas que je sois adepte de la banalité, loin de moi cette attitude - à la limite, la bananalité me sieds mieux. Le fait est qu'à Shanghai, tout bouge quand même un peu plus vite qu'ailleurs dans le monde, en tout cas bien plus que dans cette vieille France, dont seuls quelques gens me manquent. Enfin bon, mieux qu'un long discours d'introduction, un long discours d'explications. ^^
Lorsque je me lève ce matin, par exemple, je.... Oui ? Comment ? De quoi ? Comment est-ce possible ? Merci de me poser la question, je vois que vous suivez l'histoire, c'est bien. Effectivement, depuis quelques jours, je me lève le matin...enfin bon, ok, à 10h30 au plus tôt. C'est déjà une évolution positive, non mais oh ! C'est pas de ma faute à moi si mon midi est légèrement excentré. Tout ça c'est qu'un concept : midi, c'est le milieu de la journée, si bien qu'il n'est en fait possible de le désigner qu'une fois couché, parce qu'on ne sait jamais, ici, la longueur que peut prendre une journée. Alors bon, les concepts temporels artificiels créés pour que la ménagère de moins de 50ans puissent savoir quand se mettre devant les Feux de l'Amour, moi, ça me passe loin, très loin au-dessus de la tête. Pffff, mauvaises langues va ! ...... Je reprends.
Lorsque je me lève ce matin, je profite qu'Ai Li soit encore en train de dormir pour squatter internet. C'est vrai, après tout, c'est son ordi - c'est pas notre connexion, là on est à égalité ;) - et ça me gène un peu, quand même - oui Nono, tu as bien lu ;) - de passer mon temps sur le net quand elle est là. Je sais aussi partager, j'ai appris ça pendant mes stages de civilisation sociale. Bref, son sommeil est lourd et je tape légèrement sur le clavier, tout va bien. Un petit tour sur la boîte mail, un petit tour sur des forums locaux et autres, quelques conneries postées par-ci par-là, et ma journée commence. J'ai toujours un mail ou un texto à envoyer, une réponse à attendre... La vie du biznessman en gros. Mission : faire une mailing-list pour les flyers. Je me saisis de toutes les cartes de visite amassées depuis mon arrivée, et même avant, puis j'envoie un flyer à chacun. Ils ne viendront pas tous, mais c'est ça aussi la com' : battre l'air avec du vent.
Par rapport à mon week-end, je suis en forme. J'ai délaissé le spleen pour ressortir le lion que je suis et je suis bien gonflé à bloc. Premier appel que je reçois, Myles - l'agent sud-africain. Il bafouille un peu, m'explique en quelques mots qu'il a beaucoup aimé la track de démo mais que les chinois sont sceptiques, qu'ils ne savent pas si les gens vont aimer, s'ils vont rester, qu'ils n'ont encore jamais fait de performances comme ça ("really ?" >_<) et que, surtout, ils ignorent combien ça va leur rapporter. Ahahah, voilà le vrai problème. Rhaaa, ces chinois, j'te jure! Les sous, les sous, les sous... Bon, ok, c'est mort pour les dates à la fin du mois, mais Myles me dit qu'il attend des nouvelles de son associé parti en Afrique du Sud parce qu'ils organisent un évènement à la fin de l'année et que là, c'est sûr, ils ont besoin de moi. "OK, man ! Just tell me whenever you got something fuckin' sure !" Non mais oh, c'est pas Ari Gold non plus...
Bref, petit coup au moral, mais Shanghai c'est ça. Ca bouge tout le temps, ça change inexorablement, à chaque minute qui passe. Ce qui était bon hier peut très bien être obsolète aujourd'hui, et vice-versa. De toute façon, je ne compte pas exclusivement sur Myles pour me trouver du taf, j'ai aussi mes plans à moi. Ma technique du parasite est toujours en pleine expansion, et j'ai d'autres gens à contaminer. J'envoie un texto à Julien a.k.a. V.V.IP pour qu'on se voit et qu'on discute un peu des possibilités d'introduire le didje (tsss ! tssss!) dans les nuits shanghainaises - shanghaiennes ? - et je renvoie un texto à Max pour lui assurer que je suis motivé pour monter un spectacle didje-house.
Montrer qu'on est motivé, c'est la première chose importante à faire à Shanghai. Cette ville est comme le tonneau des Danaïdes : vous avez beau y jeter toute l'énergie et la motivation que vous possédez, ce n'est jamais suffisant : il ne se remplit pas. J'ai rencontré quelques personnes, vivant à Shanghai depuis quelques mois déjà, et épuisées du rythme et de l'énergie nécessaire pour avancer dans cette ville. C'est vrai, je peux le comprendre. Moi, je suis fraîchement arrivé, je suis plein de projets en tête, et j'ai eu l'habitude de canaliser mes surplus d'énergie par des moyens psychotropiquement viables, alors je tiens le coup. "I'm gonna be Iron, like a Lion, in Zion !" Je sais qu'il faut résister à tout ce Babylon system et le prendre à son avantage. Je suis un peu moins fort parce qu'une partie de moi est restée en France - mais arrive bientôt !!! - mais je tiendrai le coup, je m'en fais la promesse. Je renvoie quelques mails à des gens du monde de la zik et quelques textos de relance. Le parasite, le parasite, le parasite... Muhahahahaha !!!
Dans l'après-midi, je vais chez Blaise lui reformater son laptop parce qu'il ne s'en sort pas, et que j'ai l'expérience du ruff format sur pc... Ce n'est pas pour rien que je cherche à m'acheter un mac ! Puis je file rencontrer une chinoise architecte qui veut ouvrir, avec sa boîte, un café au dernier étage de leur immeuble. Ils cherchent un chief-manager et le poste peut m'intéresser. Je n'oublie pas qu'un de mes projets, en Chine, est d'ouvrir un resto. Ca peut être intéressant d'aller y faire un tour. Effectivement, le cadre est pas mal, les fonctions très sérieuses, peut-être un peu trop... Je ne peux pas passer 60 à 70h dans un café et refuser de partir en tournée ou en concert - parce que c'est ce que je veux faire avant tout. Or accepter de me jeter corps et âme dans ce projet signifierait faire une croix sur la musique. Hors de question ! Mais c'est toujours intéressant de faire des entretiens en Chine : ça vous montre comment ça se passe ici et combien les entretiens en France sont fictifs et totalement superficiels. Ici, comme partout dans le monde sauf en France, on vous demande vos compétences, ce que vous savez faire et quelles sont vos idées ; pas l'école dont vous êtes diplômés ni si elle est à Paris ou pas. C'est tellement agréable...
L'après-midi passe vite, la nuit tombe tôt, et je rentre chercher mon didje pour aller voir Julien et, peut-être, un de ses potes agents. En chemin, je reçois un coup de fil - mais je vais bien - du Consulat d'Australie, que j'avais contacté la semaine dernière. En effet, la semaine australienne est organisée et je leur proposais mes services pour venir jouer du didjeridoo, qui est quand même un petit peu l'emblême de ce pays. Malheureusement, ils avaient déjà prévu de faire venir quelqu'un alors ils n'ont pas beosin de moi, m'ont-ils dit. Je décroche, c'est Kimberley - un bon nom d'australienne ça aussi... - qui me dit, texto : "Hi Charles, I got some good news, the didjeridoo player we booked just fucked up !". Je souris et lui confirme que je suis très déçu pour eux... Heureusement, je suis là, et je peux me débrouiller pour me libérer en fin de semaine. Elle est trop contente d'avoir gardé mon numéro, et moi je suis trop content d'avoir appelé pour les prévenir qu'un joueur de didjeridoo vivait à Shanghai. Jeter des lignes un peu partout augmente nécessairement les chances de prendre du poisson. On prend rendez-vous pour mercredi, et on va négocier le contrat. Après tout, s'ils étaient prêts à payer l'avion et l'hôtel, ils doivent avoir des sous pour moi ! J'exulte enfin... Soulagé !!! Je pars voir Julien son pote agent ne répond pas au téléphone, mais il se trouve que je l'ai déjà rencontré, sans même le savoir, et qu'il a déjà ma carte. Il va lui reparler de moi dans la semaine, promis !
A Shanghai, chaque jour est bien différent des précédents, et sans doute des suivants. Et pour ceux qui souriaient en lisant cette phrase au début de ce post, j'espère que ces quelques descriptions vous auront convaincu de la véracité de mes propos. Ici, du jour au lendemain, vous pouvez être surbooké, ou dans l'inactivité la plus profonde. Tout dépend de votre motivation, de votre énergie, de vos contacts, bien sûr, mais aussi de votre self-esteem. Et en tant que mégalo pour survivre, ce n'est pas ce qui me manque. Au pire, quand je suis fatigué, j'en appelle à tous les personnages qui vivent dans ma tête, pour qu'ils me prêtent un peu de leur force, et m'aident à avancer. Ca sert d'être un joyeux schyzophrène dans une ville de malades ! Mais bon, au final, malgré les sautes d'humeur et les retournements de situations, une seule conclusion s'impose à mon esprit : j'adore Shanghai !!!

Sunday, October 22, 2006

In the (bad) mood for love

Et bien voilà, cela fait plus de deux semaines à Shanghai, deux longues semaines qui ont filé rapidement, et je me tape mon premier jour de spleen... Chute d'énergie, fatigue, mauvais rêves, musique triste, introspection, nostalgie ; le cocktail distillé par mon corps en ce samedi pluvieux me laisse un goût amer et les lèvres arides. Pourtant tout va bien. Hier encore était un jour de fête et de musique, ma nuit s'est une fois de plus terminée au Logo bar et j'y ai rencontré d'autres dj's et musiciens, en écoutant du "flamenco fusion" joué par des espagnols qui se gavent bien et Hassan, un guitariste super doué mais un poil trop speed dans la real life. Il lui faut bien l'énergie nécessaire pour gratter ses cordes aussi vite ! J'y rencontre Minwan, un français aux multiples origines, en partie asiatiques, qui vit à Hong Kong et fait tourner des artistes un peu partout en Asie, et en Chine plus particulièrement.
Je lui parle Didjeridoo, je lui file ma carte (je suis devenu un pro de la biz' card, processus inévitable de la vie à Shanghai) et je récupère son adresse mail pour lui envoyer les tracks de démo. J'ai enfin récupéré la piste que Max a bien voulu m'enregistrer et je dois dire qu'elle déchire bien. Le didje est bien mis en valeur, les breaks bien pensés et le morceau house empli de sons et de montées qui donnent parfois l'impression d'être dans la B.O. de Matrix. Avec ça, je vais pouvoir démarcher encore un peu plus sérieusement les agences, les clubs, les bars, les gens qui pourraient être intéressés par ce que je fais. C'est que c'est facile de dire : "Salut, je fais de la zik, un truc qui ne se fait pas encore ici, avec un son très particulier !" L'argument est vendeur, certes, mais comment vendre un son si les gens ne le connaissent pas, précisément ? Comment des gens peuvent me demander du didje s'ils n'en connaissent que le nom, et encore ? Bref, cette track de démo est bien ficellée et je l'ai déjà envoyée à Myles, en espèrant qu'il me confirme des dates. On verra bien.
Moi j'aimerais bien essayer de faire un truc avec Max aussi. D'abord parce qu'on s'entend bien, même si, au final, je le connais à peine. J'aime bien sa façon d'envisager la musique et de prendre des risques ici alors qu'il pourrait se la couler douce en France, puisqu'il était déjà musicien pro. J'aimerais bien monter un spectacle didje-house avec lui, parce qu'il serait beaucoup plus ouvert à mon son que d'autres dj's que je ne connais pas et qui vont craindre que je leur "vole" leur musique. L'idée lui plaît bien, je lui en ai déjà parlé et reparlé, il sait ce que je peux faire... mais il faut monter le truc, arrêter d'en parler, passer à la vitesse supérieure. Et il est surbooké. On verra bien, j'ai toujours des projets sous le coude et je cherche partout des gens qui peuvent être intéressés par ces mêmes projets. Comme Minwan, comme Seb, un autre dj américain, qui vient jouer le mercredi et qui m'a d'ores et déjà programmé avec lui. Il n'a jamais entendu un son comme le mien et ça le fait bien tripper, alors j'enchaîne avec lui. Trois jours avant notre soirée reggae dancehall, ce sera sympa de faire du didje, histoire de chauffer la voix. Les choses avancent, les choses avancent, les choses avancent....
Pourtant je suis nostalgique. Ma chérie me manque, horriblement, comme un lambeau de ma vie tendu avec une force inouïe entre la France et la Chine. J'ai 10.000 km de peau et de coeur suspendus dans les airs au-dessus des continents. Ca fait mal. J'espère que ça ne lâchera pas. Je soupire, je souffle, je respire à plein poumons pour me vider l'esprit : l'air a parfois cette vertu de chasser les idées comme l'eau chasse l'air. Je suis un bocal. Rempli d'émotions diverses et contradictoires, tour à tour rempli et vidé de mon contenu, je bascule entre un mode énergique et un mode croulant. Je dois me reposer.
Mais je ne peux pas, pas encore. Je dois rejoindre Yo et David (a.k.a. Don Dada) dans son superbe appartement, au plein coeur de la concession française. C'est sûr, ma chérie, ça te plairait absolument. Mais je t'assure que le prix est très dissuasif quand même. En chemin, je m'arrête acheter des cigarettes, la nicotine nécessaire pour doper mon organisme, c'est l'opium du peuple chinois (attention ! ne parlez pas d'opium ici, la guerre est finie depuis bien longtemps !). Malheureusement, il se trouve que le billet de 50 kwais que l'on m'a refilé hier au Logo est un faux, et je tente trois magasins qui refusent systématiquement mon billet. Les chinois sont un peuple pauvre : ils connaissent la valeur de l'argent autant que sa forme, ses inscriptions cachées et ses signes secrets. Moi, je suis un pauvre occidental, et entre un faux et un vrai, pour le moment, je ne vois aucune différence. N'empêche, je me retrouve sans une thune et sans une clope, et sous la pluie, pour courronner le tout, en attendant Yo qui tarde à arriver. La nostalgie dégouline sur mes chaussures et détrempe mes vêtements pendant que la pluie inonde mon coeur un peu plus ; ou bien est-ce l'inverse ?
Un peu plus tard, finalement, une fois Yo arrivé, la rencontre avec Don Dada faite et les idées pour la soirée partagées, je rentre à l'appart en me hissant dans le premier taxi venu. Ce qui n'est pas forcément facile. Vers 18h-18h30, c'est le gros rush et les taxis libres se font rares. Je marche longtemps, perdu dans mes pensées, avançant comme une ombre au milieu de l'agitation et de la pluie, et finalement j'en déniche un. Sur le trajet du retour, je sens l'étau se resserrer autour de mon humeur et la migraine gagner les circonvolutions de mon cerveau. "Pas maintenant foutu corps, ne me lâche pas maintenant !" Plongé dans ma dualité corps/esprit, je ne vois ni la pluie qui tombe, ni les lumières qui brillent dans la nuit jeune de Shanghai. J'ai l'impression de me dissoudre, je voudrais tant dormir.
Je regagne l'appart, vérifie mes mails et me jette sur le lit. Quelques pages de Murakami, histoire de me changer les idées et de fuir mon introspection, puis je m'endors, terrassé par un sommeil que je ne souhaitais que trop. Cette fois je ne rêve pas, heureusement, j'en ai marre de ces fantasmagories qui me font vivre une autre vie au moment où je devrais me reposer de la mienne. C'est fatiguant. C'est usant de se lever en étant fatigué des aventures oniriques de la nuit, je vous assure. J'ai tant de choses à faire ici, à quoi bon en faire en plus dans ma tête. Foutue imagination va !
Je me réveille à 21h, les idées un peu plus claires et la nuit un peu plus obscure. Je dois me motiver pour aller à la Fabrique, une boîte de nuit toute petite où il y a un concert d'artistes finlandais. Il devrait y avoir du monde et des gens de la musique, ce qui signifie distribution de flyers pour la soirée et de biz' cards. Je m'active. J'essaie de redonner de l'ordre à mes sensations et je bloque devant la fenêtre sur Shanghai. Cette ville qui ne dort jamais. J'avais bien connu New York, et l'agitation permanente des new-yorkais, mais ils ne font pas le poids face aux chinois. Une ville de 20 millions d'habitants ne peut jamais s'endormir comme un seul homme : chacun tirerait la couette de son côté si tout le monde dormait en même temps, c'est impossible. Alors on tourne. Pendant que les uns se reposent, les autres travaillent ou vaquent à leurs occupations. Moi je flotte entre les deux. Mi-endormi, mi-énergique, je suis comme un mélange de drogues mal calculé : les effets s'opposent et s'annulent. Je sens des larmes monter. Sans doute une façon de diminuer les tensions... Je prends ma nostalgie à deux mains et ma veste de l'autre, puis sors me replonger dans le marasme chinois, paradis absolu de celui qui veut se perdre.
J'arrive à la soirée et je réussis à entrer sans payer, grâce à un culot qui m'est propre et à la barrière des langues. Je me fais passer pour un pote du groupe qui joue. C'est toujours ça de pris. Certes je n'ai pas le ticket qui me donne droit à une conso, mais bon, c'est toujours moins cher de l'acheter que d'acquérir ce fichu ticket. Je prends un verre de vin rouge, parce que ça me fait toujours penser à quelqu'un que j'aime plus que tout, et que je cherche dans les symboles une once de sa présence. Je regarde le vin par transparence. Pour du vin rouge, je le trouve un peu rosé... Quant au goût, n'en parlons pas. Le vin chinois... Je rends le verre et on me propose une vodka en échange (avec une économie de 5 kwais, précisons-le). Tant pis pour les symboles, l'alcool fort aide tout aussi bien à symboliser les choses que les symboles eux-mêmes. Ou quelque chose comme ça.
La soirée se passe bien, j'ai un peu plus d'énergie grâce à ma sieste salvatrice et la musique est bonne. Quelques flyers par-ci par-là, un peu de relationnel, quelques connaissances que l'on croise... Shanghai est un village, un putain de grand village, certes, mais un village tout de même. On croise toujours quelqu'un, on reconnaît toujours un visage. Cela donne un côté agréable et plus humain à cette ville densément peuplée. Je retrouve le sourire et la musique me fait bouger. Il est 3h du mat quand je quitte les lieux et saute dans un des taxis qui attendent à la sortie des lieux festifs. Je regarde les lumières défiler avec un sourire teinté d'amertume : mes larmes coulent de nouveau. Promis, demain, je redeviens bizness man musicien et je reprends mon harcèlement téléphonique pour du travail, de la motivation, etc... En attendant, je m'accorde le droit d'apprécier mon spleen, de caresser du doigt mes nerfs à vif et ma sensibilité à fleur de peau. Ca me rappelle que je suis humain, et que je n'ai pas encore changé : ma chérie je t'attends, comme un bateau attends la marée pour repartir, comme les oiseaux attendent d'être cachés pour mourir...

Thursday, October 19, 2006

Inside-Charles-Tortured-Brain 1

Alors voici le départ de cette folle aventure. Et comme bien souvent, elle commence de nuit, l'heure où tout est possible, l'heure où l'on doute que demain revienne encore - comme dirait Gov' ;) - et même si c'est un peu sombre, dites-vous bien que la version jour est là aussi. Mais bon, c'est comme ça la Chine, y a des moments où on ne voit pas grand chose... et c'est parfois bien mieux comme ça ! ^^




And now, here is a little view of Shanghai by day, roots and culture, yessie ! Original street comin' up inna Charles mind fi ya tonight ! Enjoy it people, cos I&I want ya to feel smooth and easy, so big up fi all da Chinese people inna this ya video !

Un petit tour en taxi...

Pour ceux qui ont apprécié de voir Shanghai by night en photo, je leur propose un petit tour en taxi avec moi, vers quelques unes des rues les plus illuminées de Shanghai, un soir où je me rendais à une soirée franco-françcaise, pour distribuer quelques cartes et partir pendre une crémaillère, un fameux vendredi soir de cuite... Bref, mieux qu'un long discours, des images - comme dirait l'autre ;) - et je vous laisse découvrir un aperçu des rues de Shanghai...by night !
Magnéto Serge !

Wednesday, October 18, 2006

Les vidéos fonctionent !!!

Maintenant que tout ça fonctionne, je vais pouvoir faire passer mon blog à un autre niveau : le live, ou presque. Vous connaissez tous mon adoration pour les films en tous genres, surtout les trucs bien barrés et les conneries variées. Et en Chine, pour un occidental comme moi - malgré tout - ce n'est pas ce qui manque. Dans les précédents tests vidéos, vous avez pu découvrir quelques moments forts de la télévison locale, les gens que je connais en pleine concentration et même le stand Ricard et sa piste de pétanque. Désormais, je me lance dans reportage intitulé : Inside-Charles-Tortured-Brain, ou comment vous embarquer avec moi dans l'Empire du Milieu, parmi les chinois du quotidien et les choses qui sont arrivées tout près de chez moi - et non, cette fois, ce n'est pas arrivé près de chez vous ;)
La première étape de ce voyage formidable au pays de ma folie sera, naturellement, la sortie de l'appartement pour rejoindre le monde extérieur. Au programme, la descente en ascenseur, au timing improbable, l'arrivée dans la rue bien "roots" en bas de l'appart, où il se passe toujours plein de choses. Alors je sais, Delphine ne pourrait pas y vivre, mais c'est aussi ça la Chine, le dépaysement, la culture différente et les magasins pittoresques. Dès que j'aurai uploadé ces vidéos, vous pourrez voir, comme si vous étiez moi, les alentours de là où j'habite en ce moment. Alors évidemment, il y aura des passages de grande schyzophrénie, puisque j'apparaitrai aussi à l'écran, ce qui est une sorte de dédoublement de personnalité puisque, si vous étiez vraiment dans ma tête, vous ne devriez pas pouvoir me voir, enfin vous voir, enfin.... bon, vous avez compris le trip.
En route donc, très très prochainement, pour une sortie embarquée. En attendant, un petit aperçu de la tour, vue du bas, et des vieux chinois posés près des installations "sportives", pour faire leur exercice quotidien...

Stand Ricard inna Shanghai

Et oui, même ici,on peut voir des gens qui jouent à la pétanque. Les règles ont été écrites en chinois aussi, pour ceux qui veulent s'y essayer. Notez que le gars en costard noir est un chinois, et qu'il joue mieux que le français en chemise lol !!! Ils sont trop forts ces chinois !!!

Tuesday, October 17, 2006

Autre test vidéo ^^

Bon alors, nouveau test vidéo, parce qu'il y a tellement de choses bizarres qui se passent ici et que j'arrive à filmer qu'il serait dommage que vous n'en profitiez pas... Merci à Romrom, S.A.S. Ingénieur informaticien, sans qui je ne saurais jamais m'en sortir, dans ma vie, entre les chiffres bizarres, les codes html vindicatifs et le XoR !


Les chinois et la chanson française...


Les potes dans leur "bureau" de production vidéo...

Monday, October 16, 2006

Shanghai by Bus

Exclusive party comin'up soon in Shanghai City, you'll be doomed if you're not there !!!

Et tant pis pour ceux qui ne peuvent pas être là pour des raisons évidentes de spatio-temporalité ! Ce n'est pas une raison, merde !!! ^^
N'oubliez pas que vous pouvez cliquer sur les photos pour les avoir en taille réelle - et de meilleure qualité ! ;)

Sunday, October 15, 2006

Shanghai By Night

Une petite série de clichés prise depuis le toit de l'immeuble de l'appart où l'on a pendu une crémaillère - mais elle s'en remets - Vendredi soir...ce qui justifie ma cuite. Ca change énormément par rapport aux immeubles ma petite cité à Juan-les-Pins, non ?
Allez les amis, bientôt vous viendrez voir ça de vos propres yeux ! C'est juste histoire de vous mettre un peu d'eau à la bouche, en attendant l'alcool. ^^





The Dragonfly Effect

Le Stand qui fait plaisir pour la Semaine Française

Je dois vous avouer que ça commence à devenir de plus en plus difficile de dresser un énoncé clair et précis de chacune de mes journées à Shanghai. Et tout d'abord à cause des nuits. En effet, jusqu'à présent, même si je rentrais à 4h ou 5h du mat, je passais le temps nécessaire pour vous raconter mes aventures en détails pendant que mes souvenirs étaient encore chauds. Mais depuis ces deux derniers jours, cette simple activité se pare également du voile de la complexité. J'ai pris ma première cuite à Shanghai, ça y est. "Ca, c'est fait!" comme dirait l'autre. "Ce n'est pas bien difficile", me répondront ceux qui ont passé un de mes derniers week-end en France avec moi, et qui connaissent mon affection toute particulière pour le rhum. Alors d'accord ! Je ne suis pas un grand buveur, et c'est pour ça sans doute que je ne m'enflamme pas dans les bars et autres lieux de perversion alcoolisée, malgré le prix irrémédiablement bas des consos - j'en connais plus d'un qui finirait ivrogne ici... Mais bon, là n'est pas la question.
Tout ça pour vous dire que je diminue un peu le rythme, non pas de mes posts, parce que même si je n'ai rien à dire ça me fera toujours plaisir de le signaler - vous me connaissez ! - mais de la description détaillée que je vous livrais jusqu'à présent. Les choses avançant comme elles le font, je risque d'avoir moins de temps pour m'étendre dans les détails - sauf ceux bien croustillants, comme un baozi frit - et je vais devoir remplir tous mes objectifs, en temps et en heure. Et comme les heures défilent d'une manière assez étrange, mieux vaut être prudent. C'est vrai, ici, le jour semble avoir un rythme bien à lui. On peut tout à fait aller dîner au restaurant, puis aller voir des gens, boire une bière, discuter.... et quand on ressort, il est 6h du mat' et le soleil brille suffisamment pour que je remette mes lunettes. Avec ma cuite de vendredi soir, cet effet s'en est même trouvé décuplé. A 7h, j'étais sur un muret, dégustant goulûment mes baozis du matin - avec d'autant plus d'appétit que c'était mon premier repas depuis bieeeeeeeeen longtemps - en me rinçant le gosier avec mon reste de Carlsberg. Les chinois me regardaient avec un air mi-amusé, mi-critique, pensant sans doute assister, une fois de plus, à la déchéance de la race blanche occidentale. Et ils n'ont pas tout à fait tort. A l'heure où une bonne partie d'entre eux est déjà levée et sur le chemin du travail, moi, bourré, je mangeais sur le bord d'un muret, assis à côté d'eux. Au moins je me mêle au peuple chinois, contrairement aux occidentaux nourris de culture colonialiste, qui ne se mélangent jamais aux autochtones - aux "indigènes" me corrigeront-ils. Salauds !
Prendre une cuite est un constat alarmant, prendre une cuite un vendredi est une chose encore pire : il faut encore survivre au samedi soir. Mais pour moi, ma mission est simple : pas d'alcool. Ce n'est pas un objectif très difficile à remplir puisque mon estomac gère l'affaire, et qu'il me fait bien comprendre qu'il n'est pas d'accord. Je plie mais ne rompt point. Je me contente d'un bon film dans l'après-midi, d'un petit resto avec des gens... et je dois sortir. Je dis "je dois" - ça ferait un bon gimmick de chanson ! - parce que j'ai rendez-vous avec Yo au Blue Ice pour négocier les détails de la soirée - et je vous les passe - puis je dois aller au Bonbon, grosse boîte fashion à donf, pour voir jouer Blaise et, enfin, il me faut passer prendre mon didje et filer au Logo pour l'afterparty avec Sam, le dj américain à qui j'aimerais bien montrer mon niveau au didje. Bref, programme chargé et tête dans le cul : un charmant mariage. Mais j'assure.
La négociation se passe tranquille, je vous en dirai plus lorsque nous aurons fait le flyer de la soirée, pas avant - parce que c'est un blog public et qu'on ne sait jamais les espions virtuels qui peuvent venir fouiner. Le restaurant est agréable et la nourriture ravit mon estomac. Le Bonbon, et là je m'attarderai à peine plus sur la description, est hallucinant. Et pas forcément dans le bon sens du terme. Certes, c'est une grosse boîte. Des gens attendent dans les escaliers juste devant, et déjà on peut envisager la clientèle de l'endroit. A l'accueil, quelques hommes de mains style Yakuzas triadisés en costard impec', des petites chinoises qui ne vous sourient pas en vous réclamant 70 kwais pour rentrer. Ca fait cher pour ici. Je m'en fous, "Wo shi Dj" et mon nom est sur la Guestlist, et je dégoûte légèrement trois françaises en train de sortir leur portefeuille. Moi, on m'escorte jusqu'à l'entrée. Ca me plaît, bien évidemment.
A l'intérieur, c'est grosse ambiance. Hip-hop américain à donf, avec un gros black façon Jay-Z qui chante par-dessus, et une concentration de biatches impressionante. J'ai jamais vu des chinoises habillées comme ça. En France, et sans doute ailleurs dans le monde, une telle tenue vous conduirait de suite en prison pour proxénétisme aggravé. Ici, elles dansent sur les podiums, sans avoir été recrutées par la boîte, et exhibent strings au-dessus du taille-basse et porte-jarretelles apparents. C'est n'importe quoi. Je lutte pour trouver la backroom où joue Blaise parce qu'il n'y absolument aucune indication. Je suis sûr que 75% des gens dans la salle principale ne savent même pas qu'il y a quelque chose derrière. Du coup il n'y a personne. Mais bon, il est payé pareil, alors il s'en fout. Il a bien raison. Je reste jusqu'à 1h, le temps de donner quelques cartes et de faire de la pub pour notre soirée, puis je file à l'appart chercher mon didje, direction le Logo, my second home.
La soirée se passe nickel, il y a presque une cinquantaine de personnes qui afflue quand la musique bats son plein et je joue pendant deux bonnes heures. Sam pense aussi qu'il y a moyen de faire un truc, il me présente un autre dj résident de gros clubs locaux et on parle musique, évidemment. Je reçois un appel complètement trippé, à 4h du mat', de Myles, le sud-africain music consultant, qui me dit qu'il a des plans pour moi, qu'il attends des dates pour les soirées, que son associé est emballé par l'idée, et que je ne dois surtout signer aucun contrat d'exclusivité si on m'en propose un. Bien évidemment, "i'm an artist, i just wanna be free !" lui réponds-je. Il me rappelera plus tard, parce qu'apparemment il ne peut pas trop faire de bruit. J'hallucine. Parfois, et même en anglais, on n'arrive pas à tout comprendre ce qu'il se passe dans cette big city of Shanghai.
Lorsque je sors du Logo, il est encore 6h passé, le soleil brille, les oiseaux chantent - si si si ! - et les chinois hallucinent de me voir avec mon didje. Je suis l'attraction de tout le staff en cuisine au restaurant où j'achète mes baozis, alors du coup, pour leur faire plaisir, je leur montre ce que c'est et souffle pendant 5 minutes. Explosion de rires et sourires ravis sur tous les visages. Effectivement, ils n'ont jamais vu ça. Et ça leur plaît. Du coup, ils m'offrent même un baozi, pour me remercier du spectacle. "Ils sont vraiment oufs ces blancs !" doivent-ils penser. Et, encore une fois, ils n'ont pas complètement tort - surtout en ce qui me concerne.
Ainsi, ma première paie reçue en récompense de ma prestation à Shanghai : un baozi. Un jour, quand je gagnerai des sous, et peut-être ma vie, en jouant de la musique, je me rappellerai ce baozi, symbole du début de ma nouvelle existence en tant qu'artiste reconnu comme tel, enfin.

Friday, October 13, 2006

La musique dans la peau

Comme vous avez pu le remarquer, ces derniers temps, je m'occupe surtout de musique. Mes deux dernières journées se composaient ainsi : 1°) Un lever tardif mais toujours appréciable ; 2°) Un squattage de wifi en bonne et due forme (ou en bonnet de forme, mais le sens est légèrement différent) ; 3°) De longues discussions sur l'organisation de soirées ; 4°) De la bière et la fin de la nuit au Logo bar, devenu officiellement ma deuxième maison.
Maxime, le manager, a de bonnes idées pour réaménager l'endroit, pour y apporter une ambiance qui lui fait cruellement défaut, et des clients, par la même occasion. Du coup, à défaut de refaire le monde, on refait au moins le bar... Et j'ai beau essayer parfois de partir pendant deux bonnes heures, je finis inexorablement par reprendre un verre et porter un canapé ou déplacer une lampe. Suivent également des traductions croisées entre lui et le patron du bar - un chinois super sympa avec qui il communique en allemand... - et moi, qui me perd un peu entre le français, le chinois et l'anglais. Mais bon, heureusement, la Nature nous a doté d'éléments amovibles, rotatifs jusqu'à un certain point et incroyablement modulables - appelés également "mains" - de sorte qu'on parvient toujours à se faire comprendre. On déplace virtuellement le bar, on rajoute également du parquet, on déchire le plafond pour y mettre une verrière. C'est fou comme l'imagination peut-être un fucking chef de chantier ! Après, la seule chose, c'est d'avoir les sous pour faire passer tous ces beaux projets (sur la comète) dans le champ de la réalité, et ça c'est une autre paire (de manches, enfin je crois...). Bref, le bar ne change pas trop, mais la nuit oui, et le jour se lève souvent quand j'arrive à l'appart.
Cependant, les choses avancent en ce qui concerne la soirée. J'ai passé une bonne heure avec Blaise (a.k.a. Dj Deville) à tester un peu les riddims, et je dois dire qu'il mixe pas mal du tout cet enfoiré ! ^^ En bossant bien le set, en organisant bien la succession des morceaux et en écrivant quelques lyrics en plus, ça devrait bien le faire. Un peu de Faya haffi burn ! et de Reeeeeeeeeeeewinnnnnnnd ! et la soirée devrait être bien, musicalement parlant. Je suis bien content d'avoir rejoint le Uprooted Sunshine crew, lui même inclus dans le collectif Pause, qui regroupe plusieurs style (ci-contre, une des affiches trop belles réalisées par un designer chinois). Nous avons rendez-vous avec les managers du Blue Ice, un autre club de Shanghai, où ils ont déjà organisé quelques soirées auparavant (auparavant ou au Blue Ice, il faut savoir ?!?). Nous parlons en anglais avec les deux chinois qui gèrent le club, Yo et Blaise les connaissant déjà, et on essaie de convenir d'un jour pour faire notre soirée. Le samedi, évidemment, nous intéresse. Et le samedi, évidemment, est déjà booké. On envisage les autres jours, en fonction du succès que la soirée pourrait avoir, un mercredi... un jeudi... un lundi... Non. Le samedi, c'est quand même le mieux. On insiste et tente de négocier d'en avoir au moins un par mois. Apparemment, ce qu'ils veulent, eux, c'est de la régularité et de la stabilité. Si nous sommes sûrs de pouvoir garder le même samedi tous les mois, on devrait pouvoir s'entendre. Cela ne nous pose pas problème, au contraire. Pour la com', c'est toujours pratique d'avoir un jour fixe, ça évite que les gens se perdent (Oh putain ! C'est quand déjà leur méga-soirée trop de la bombe atomique ?!?) et ça nous permet de nous organiser pour faire d'autres trucs à côté, en sachant que ce jour là est pris (Oh putain ! C'est quand déjà notre méga-soirée trop de la bombe atomique ?!?). Nous assurons aux managers que s'ils nous accordent un samedi dans le mois, nous nous tiendrons à ce jour. Ca les rassure. Ils doivent discuter entre eux et nous rappellerons demain.
Je partage un taxi avec Blaise, qui est en quelque sorte mon voisin, tandis que Yo rentre chez lui à vélo. Rhaaaa ! Moi aussi je voudrais un vélo. C'est le mieux quand même pour découvrir les rues et se repérer dans cette grande ville. Et tu sais, ma chérie, je connais plein de gens qui ont des vélos ou des scooters, qui les prennent quotidiennement et qui sont toujours vivants. Je vais me renseigner. Lou (en vrai ça s'écrit Lu, mais la bande d'occidentalopithèques que vous êtes serait capable de croire que je parle de petits beurres) m'a proposé de me prêter le sien, car elle ne s'en sert pas pour aller bosser. Je verrai...
Je quitte Blaise et m'oriente vers la petite rue bien roots en bas de chez Ai Li pour acheter à manger. Je me passerais bien de vous parler de cette rue en ces termes, genre en vous donnant son nom, mais encore faudrait-il qu'elle en est un, et ce n'est pas le cas. C'est ça la Chine. Je m'achète deux baozis bizarres remplis de riz un peu sucré (en fait, je dis ça parce que ce n'est pas ceux que je voulais, mais je n'ai pas pu dire ceux que je voulais... Alors j'ai pris ce qu'on me proposait. C'est ça aussi la Chine ^^) et un bol de pâtes au restaurant musulman d'Ai Li. Les chinois hallucinent de la voir venir chercher son bol tous les jours et lui ont demandé comment ça se fait qu'elle aime autant ça... Je remonte à l'appart déguster mon festin de roi, au tarif de 1€ symbolique, mais on peut manger pour moins cher. Hier, par exemple, je n'ai mangé que deux baozis dans la journée, je me suis donc nourri pour 0,20€ ... ça fait toujours des économies, impossible à réaliser en France - et ce n'est pas faute d'avoir essayer à l'époque !
Une fois mon repas englouti, en partie, je rejoins Julien - pas le dj, mais celui qu'on avait rencontré en Avril, avec Delphine, en même temps que ça soeur et Prasith, qui bossent tous deux à la CCIFC - et nous nous retrouvons à boire une bière à la maison... enfin, au Logo. Ca me fait bien plaisir de le revoir, c'est quelqu'un d'hyper sympa et de bien motivé pour faire la fête. Il bosse aussi pour Konaxis, que je connaissais déjà par l'intermédiaire de Viaduc vu que j'ai certains membres dans mes contacts directs. On parle de plein de choses, comme d'hab', les sujets traditionnels des expats en Chine, mais en plus sympa parce que c'est nous ! Nous rencontrons également Sam, un Dj de L.A. (i.e. Los Angeles, et non Los Andes ou Les Antipasti) qui mixent aussi dans d'autres clubs "branchés" de Shanghai. Bien évidemment, je lui parle de mon didjeridoo (ceci n'est pas une métaphore !) et je lui propose mes services pour jouer avec lui, ou avec d'autres dj's dans le coin. L'idée lui plaît bien, il adore le didje et va se renseigner pour que je vienne le rejoindre un de ces soirs. Et hop ! Echange de numéros, comme à l'accoutumée. Une éventualité de plus pour jouer, c'est bien.
Je continuerais bien de vous décrire la journée suivante, mais j'ai surtout bossé (oui, oui, oui !) et je ne crois pas que j'arriverais à vous intéresser en vous racontant mes articles pour les Voix France-Japon, ceux en anglais que je vais proposer ici et les modifications de mon cv. En revanche, je me suis fait mes cartes de visite, avec mon ami Photoshop, et j'attends avec impatience de les récupérer. Si l'impression est bien faite et le papier comme je veux, ça va être bon bon bon ! Je vous la mettrai (Rhooo !) à disposition on-line, hitoire que vous vous marriez aussi. Moi, je ne suis pas un égoïste du rire, et si y a moyen de vous faire rigoler, vous savez que je le ferai... Alors un peu de patience, j'attends de les récupérer aujourd'hui ^^. Et pour info, comme ça, à Shanghai, pour 200 cartes de visite en couleurs sur du papier un peu cartonné et plastifié, j'en ai pour 8€... Et oui, je sais, je sais... Muhahahahahhaha !

Wednesday, October 11, 2006

Test Vidéo

Bon alors, je vais tenter de mettre quelques vidéos sur le blog, parce que vous savez combien j'aime filmer des trucs complètement inutiles et des actions inintéressantes au plus haut point, et il n'y a pas de raison que vous n'en profitiez pas... Je précise juste que je ne peux pas voir si elles tournent bien, puisque Google Vidéos ne fonctionnent pas (encore) en Chine. Je sais qu'elle doit fonctionner depuis autre part dans le monde, mais pas la où je suis... Mmmmh, simple lack of technology ou effet pernicieux du firewall national, who knows ? En tout cas, vous devriez pouvoir y accéder. J'essaierai de voir avec un autre système si ça marche, mais rien n'est moins sûr - ou si, peut-être, l'heure de mon prochain repas...


Cours de chinois fait maison, avec des éléments connus...

Tuesday, October 10, 2006

Motivés ! Motivés ! Soyons motivés...

J'ai décidé, pour l'instant de ralentir le rythme. Non pas que je sois déjà fatigué, loin de là, mais justement je dois réussir à tempérer mon excitation. Il se passe beaucoup de choses, je rencontre beaucoup de gens, on prévoit beaucoup de trucs... Bref, je dois souffler et assimiler tout ça. Je suis comme un grand tube digestif ingérant une multitude d'éléments à la fois : certes j'ai de la place pour tout digérer, encore faut-il que je fasse descendre les aliments le long de mon oesophage. C'est ça. J'ai besoin d'avaler ma salive et de faire le point sur ce qu'il se passe pour le moment.
Je reste une bonne partie de l'après-midi à squatter l'appart d'Ai Li et une connexion internet dont le wifi n'est pas sécurisé. Merci, merci... même ici il y a moyen de choper un peu internet. Disons que ça permets de prendre le temps de se renseigner pour venir faire installer la ligne à l'appartement. Ai Li est moyennement motivée - surtout parce qu'elle pense que c'est délicat à faire - mais moi je ne peux pas vivre sans internet. C'est mon pacemaker à moi. Sans internet, mon coeur doit survivre en autonomie et il ne survivra pas longtemps. Je dois pouvoir envoyer mes articles par mail, chercher du taf et des trucs sur le net, faire de la com' pour nos soirées sur les boites mails et msn et, surtout, pouvoir dire à ma chérie que je ne cesse jamais de penser à elle. Si, si, si... Je vois déjà ceux qui sourient en se disant : "Pfff, le type qui dit ça alors qu'il est dans la ville à plus haute concentration de salons de massage !" Oui, peut-être, n'empêche que j'ai dit que je refoulais ma libido, et c'est bien ce que je fais. C'est l'avantage d'être d'une nature artiste : du moment que je crée quelque chose, de la musique, des articles, quoique ce soit, je maintiens mon esprit assez concentré pour éviter de penser au sexe. Et oui, je paraîtrai peut-être néanderthalien aux chastes natures qui passeront sur ce blog, n'empêche que c'est une donnée importante à prendre en compte, le sexe. Ah ah ! Je vois que ce mot vous gêne ! Sexe, sexe, sexe, sexe, sexe... Bon allez, j'arrête là, je vais finir par fissurer ma carapace libidineuse.
Je continue de motiver les troupes pour organiser des soirées reggae/ragga. Apparement, sur Shanghai, on peut faire des soirées de tous les genres, on peut écouter du hip-hop ou du flamenco et espérer entendre un ou deux morceaux de dancehall, si l'on a de la chance, dans un des nombreux clubs de la ville, mais il n'y a pas vraiment de sound systems organisés dans cette petite ville de presque 20 millions d'habitants - mais les chiffres sont flous. Yo est dur à motiver, sans doute parce qu'il s'est fait virer de son job et qu'il ne sait pas s'il va rentrer en France ou non. Je peux le comprendre. N'empêche ce n'est pas une raison pour se démotiver quand il s'agit de faire de la musique. Je pousse tout le monde pour qu'on s'organise sérieusement et du coup les choses commencent quand même à avancer.
Nous avons eu une longue réunion au Logo bar avec Blaise (a.k.a. Dj Deville), Yo et Max, le manager du bar, pour essayer de s'entendre sur un jour et sur le type de soirée. Il y a moyen de faire beaucoup de choses, on peut facilement s'arranger, on devra fixer un tarif, bien évidemment, et comme le bar reprend ses activités et qu'il faut relancer les choses, on ne s'attenda pas à gagner le jackpot avec la première soirée. Mais bon, il faut bien lancer le mouvement ! Je passe une nuit de plus, quasiment, au Logo et j'en sors presque au petit matin. C'est sympa Shanghai au petit matin, avec ses rues moins remplies, ses ordures non encore ramassées et ses gens mi-travailleurs mi-zombies qui errent sans trop savoir pourquoi. C'est une ambiance assez sympa, et je commence à bien m'y habituer. Je rentre à pieds, j'ai le temps de profiter du n'importe quoi ambiant et de l'exotisme singulier qui émane de cette ville.
Le lendemain, je me réveille à midi pile, par la force des choses et de mon réveil. J'appelle Blaise immédiatement, on se donne rendez-vous à 13h. Je l'accompagne à Xu Jia Hui pour acheter un disque dur externe. Toute la difficulté, après celle de se réveiller d'une nuit trop courte, est de se motiver pour la négociation à venir. En Chine, on a deux solutions pour aller acheter des choses : ou bien l'on est un expat à la richesse conséquente et on se contente du premier prix proposé par les vendeurs, sans chercher à le discuter - et en tant que blanc, il sera toujours plus élevé que ce que paierait un chinois, normal. Ou bien on se prépare psychologiquement à un affrontement numéraire par calculette interposé. Moi j'aime bien, c'est un peu comme un jeu, mais en vrai. "Oui, non, trop cher, hen gui, ok, ok, pfffff, bu shi, bu shi, oui... Allez on se casse !" Voilà donnée, de manière condensée, l'étendue d'une conversation normale, qu'il va falloir répéter autant de fois que nécessaire avant d'obtenir gain de cause et d'effet.
Mais aujourd'hui on a de la chance, le vendeur sur lequel nous tombons en tout premier, dans la toute première vitrine, est assez sympathique et ouvert à la négoce. Bon, certes, nous lui disons au revoir au moins trois fois avant qu'il n'accepte de descendre son prix encore une fois, mais nous arrivons à gagner une discount de 30% du prix d'origine, ce qui n'est pas si mal étant donné l'objet acheté, l'endroit où nous l'achetons et notre chinois approximatif. En même temps, pour faire du commerce, vous n'avez besoin de connaître que les chiffres. Après, les mots qui viennent entre, vous pourriez les dire en français, anglais, tahitien ou bèrbère oriental à tendance négationniste que vous arriveriez toujours à vous entendre sur le prix...ou pas. Bref, alors que nous avions prévu deux bonnes heures devant nous pour faire nos achats, nous bouclons l'affaire en moins de 45 minutes. C'est toujours ça de pris.
Sur le chemin du retour, nous passons au resto musulman acheter deux plats, pour 16 kwais, et nous rentrons chez Blaise, libérer son premier disque dur de son surpoids informatisé. Toute l'après-midi nous discutons musique, envisageons les possibilités de mix et les nécessités d'organisation. Je rédige une petite biographie de mon parcours artistique, juste histoire de me présenter en tant que chanteur, afin de donner tout ça aux éventuels managers de lieux festifs. Le crew Uprooted Sunshine reprend du service, enrichi par ma présence -*kof kof kof*, toux significative du gars présomptueux et mégalo - et j'espère vraiment que nous allons pouvoir en faire quelque chose de sérieux. Jouer du didje est une autre activité : là, je participe en tant que chanteur, Mc Didje singin' up the vibes on the selecta's music !
Je rentre chez Ai Li à la nuit tombé, bien décidé à ne pas ressortir cette fois-ci. Une petite soirée paisible, ça peut pas faire de mal !
Je squatte encore internet, fougueusement, passionnément, *insérer un synonyme*-ment...

Monday, October 09, 2006

Shanghai One Million Dollar Baby

Je suis assailli par une interrogation ontologico-métaphysique : que se passe-t-il le matin à Shanghai, je veux dire, dans la matinée ? Est-ce que l'orientation du globe, la force gravitationnelle, le décalage horaire, mon thème astral, le nombre d'immeubles, la taille des baozi's font que les journées shanghaiennes (ou shanghainaises, pourquoi pas ?) commencent vers 12h et se terminent peu avant 6h du matin ? Ou bien est-ce juste moi ? .... Je ne sais pas. Il faudrait que je puisse me réveiller un matin pour pouvoir tirer une once de conclusion à cette question qui me piétinne le cerveau dès que je me réveille. Mais pour le moment, c'est au-dessus de mes forces. Si je dois jouer dans des bars et des clubs, je n'ai pas intérêt à prendre un autre travail qui m'obligerait à me lever tôt, ou alors en accordant les jours, parce que sinon je serai de nouveau en retard... tous les jours... comme au lycée, sauf qu'ici ça me ferait un peu chier parce que je veux vraiment faire quelque chose. Bref... Je médite à tout cela. Et ça me prends bien les deux premières heures de la journée, en comptant un peu de lecture, d'écriture et de guitare. Je n'ose pas trop jouer du didje dans l'appart, j'ai peur d'éveiller la crainte chez les voisins et d'attirer leur foudre sur Ai Li. Alors je joue de la guitare, sans chanter très fort. C'est dur ! ^^
Dans l'après-midi, je vais chez Alex - ndlr : l'ex coloc - afin de bénéficier de sa technologie moderne qu'on appelle populairement le Net. Le Net plus ultra diront les petits-malins, sauf que si ça continue, ils vont être tristes et avoir un gros chagrin, même s'ils existent... J'envoie mon cv à Sophie, de SH, mais je n'ai pas l'impression que la boite mail fonctionne. Le mail me revient avec un truc bizarre que je sais pas si c'est un rejet ou non. J'appellerai plus tard. Je mets à jour le blog, enfin, parce que jusqu'à présent j'écrivais tout avec mes petites mains sur mon petit carnet avec mon pauvre petit stylo et ça fait une graaaaaaande histoire à taper au clavier maintenant. J'y passe mon après-midi, et une partie de la soirée, tout en discutant avec les quelques personnes que je croise en flagrant-délit de connexion. Je vis également un drame, affreux, horrible, nabuchodonosauroïdal : je rate ma chérie sur google talk. Je suis tellement devenu fou avec le pad de l'ordi d'Alex qui refusait de déplacer mon curseur que je n'ai pas vu que l'amour de ma vie essayait de ma parler... Je fulmine, je conspue, j'exècre. Bref, je m'en veux, et tous les personnages dans ma tête se rejettent la faute. C'est délicat à gérer. Dépité, je lui envoie un mail pour lui raconter le chemin qui ne sent pas la noisette et qui m'a écarté du carrefour où nous aurions pu nous croiser. Je t'aime ma chérie ! Tu me manques !!!
Comme on est en Chine et qu'il faut bien profiter de la culture locale, nous commandons des pizzas et lançons un dvd. Ai Li nous a rejoint. Moi, je découpe mon temps entre ma pizza pepperoni, le film semi-gore, semi-nimp que les filles ont lancé et mon blog. Je tape et tape et tape encore, comme possédé par les démons de minuit, mais j'arrive à rattraper mon retard. Entre temps, j'ai reçu deux textos. Un de Blaise, le dj que je dois voir pour les soirées reggae/ragga, qui me dit qu'il sera au Logo vers 22h, et un autre de Maxime, le manager du Logo, qui m'annonce : "Ce soir, c'est jam session !" Ok, les gars, vous voulez faire de la musique, j'arrive. Bon, quand je pars de l'appartement, il est 23h30, j'ai passé ma journée à squatter une connexion internet, sur un ordinateur qui n'est pas le mien, dans un appart qui n'est pas à moi. Charles dans toute sa splendeur ! ^^
Sur le chemin du bar, j'appelle Blaise. Il est déjà rentré, rongé de fatigue. C'est pas grave, on doit se voir bientôt pour s'organiser un peu. Je rentre dans le bar. Il est encore plus vide que la veille. Ca fait peur. En même temps, on est dimanche, fin des vacances nationales chinoises, la majeure partie des gens reprennent le taf le lendemain, pour ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir à reprendre aujourd'hui. Et oui, il faudra vous y faire : en Orient, le sacro-saint jour du seigneur dominical et chrétien n'est plus qu'une légende urbaine. Paraît-il que ça existe, mais personne ne l'a jamais vu.
En fond musical, de la guitare flamenca. C'est agréable. Je ne pensais pas entendre la musique qu'écoutait tout le temps mon père dans un petit bar de Shanghai. En fait, Manuel, celui qui s'occupe des projections vidéos, est espagnole d'origine. Ceci explique celà. On m'accueille par un joyeux "Ben il est où ton didje ?" qui signifie bien que j'ai réussi mon coup : je suis officiellement lié à mon instrument, et n'importe quel musicien apprécie qu'on le réduise ainsi. Sincèrement. Je peux aller le chercher, je suis pas trop loin. En attendant, le jam session s'organise un peu. Je fais la connaissance d'une indienne qui joue de la batterie, des percus, de la guitare et qui chante ma foi fort bien. On se tape une petite impro reggae/hip hop qui laisse présager du bon si on fait des soirées régulièrement. Je prends la guitare et gratte quelques trucs. Je chante un peu de Sublime, repris en choeur par le copain de l'indienne et ses potes, des américains bien "dudes" qui m'ont l'air fort sympathiques. Ils sont en Chine depuis quelques temps, Taiwan pour l'un, Hong Kong pour l'autre, Shanghai pour le dernier. Ensuite vient un guitariste espagnol et s'ajoute à la composition. Entre temps, j'ai fait un saut vite fait pour récupérer mon didje. Je switch entre ça et la percu, selon l'humeur, la musique et l'état de mes lèvres. La fille chante super bien, que ce soit reggae, rock ou espagnol. Apparemment Maxime aimerait bien qu'elle vienne chanter un peu plus souvent. Avec le monde qu'il essaie de recruter et la bonne volonté qu'il mets dans tout ça, ce serait dommage que les choses n'avancent pas quand même !
La nuit défile avec ses heures pendant que nous jouons de la musique. Emporté dans une faille spatio-temporelle une fois de plus, je sors du bar vers 4h30, le didje sur l'épaule, imposant le respect. Je trippe en observant les réactions des chinois face à ce blanc et à son bout de bois peint. Vu l'heure avancée, il y a encore étonnement de monde dans les rues. Je croise des chinois sur leurs appareils de sport en plein air (dont ils ont l'air de raffoler, il faudra que j'en prenne un photo un de ces quatre), des chinois qui passent à vélo, des chinois qui travaillent sur des chantiers, des chinois qui tiennent leur magasin ou leur restaurant.... Ils sont fous chez chinois, ils sont toujours en train de faire quelque chose. C'est pas en France, même dans une ville qui bouge, que l'on croiserait autant de monde à presque 5h du mat. C'est génial. Je rentre, fatigué mais content, ivre de musique et d'autre-part. Je respire à plein nez l'odeur singulière de Shanghai, déambulant dans des rues qui m'étaient inconnues - ou presque - il y a à peine une semaine, et dont ils me semblent connaître à présent les moindres détours. Le phénomène commun à toute expatriation, à toute installation, à toute nouveauté...

Days aren't the same these days aren't the same these...

Le réveil est toujours aussi dur. J'appréhende déjà, si je trouve un travail fixe et à plein temps, de devoir me lever tôt pour aller bosser. Je sais déjà que ça sera dur. Je dors encore deux bonnes heures avec mon téléphone portable sur le ventre, pour regarder l'heure régulièrement, à chacune de mes semi reprises de conscience. Il est 13h quand je mets enfin les pieds au sol. Je dois gérer mon programme de la journée. Tant que je n'ai pas des plans sûrs qui me rapportent un peu de kwais, je n epeux pas rester tranquille. J'appelle Severin pour savoir s'ils ont encore besoin d'un coup de main pour le jardin. Il ne sait pas trop mais comme c'est l'anniversaire de Julien, le dj, il ne pense pas que les travaux vont continuer. Il me rappelera plus tard quand il aura plus d'infos. Je raccroche.
Ai Li mange encore ses sempiternelles nouilles du musulman d'en-bas. Je ne sais pas comment elle fait. Pas pour manger toujours la même chose, si c'est bon c'est bon. Non, pour manger, tout simplement. Mon habitude de ne manger qu'un repas par jour, et certainement pas au lever, à la vie dure, même ici à Shanghai. Je suis plutôt chaud pour commencer ma journée. En attendant d'avoir des news, je prend ma guitare et gratte un peu. Ca fait du bien. Je n'ai pas tout oublier, heureusement. Comme Ai Li finit de regarder Leaving Las Vegas, je me pose dans la cuisine. Je joue doucement les chansons que j'avais composées pour ma chérie. Je suis en pleine crise de manque nostalgique. Je donnerais cher pour t'avoir dans mes bras, mon chaton. Je ne peux m'empêcher de verser quelques larmes, malgré moi, tout en grattant les cordes. Je suis content d'être ici, à Shanghai, là où enfin j'ai l'impression de faire quelque chose de ma vie, mais c'est tellement dur d'ête loin de celle que j'aime. Allez.... Pffff ! Je tiendrai le coup, nous tiendrons le coup mon amour ! Je souris, la gorge serrée.
Le téléphone sonne. C'est Yvonne (ou Evonne, comme elle l'écrit elle-même ^^) qui me propose de la rejoindre dans l'atelier d'un de ses amis artistes. Ca me tente bien mais je voudrais savoir ce que font les autres d'abord. Elle me rappellera plus tard. Entre temps, je suis invité à passer à la maison d'Hector pour fêter l'annif de Julien. Je saute dans un taxi. Je me ballade dans Shanghai comme si j'y avais toujours vécu. C'est génial.
Lorsque j'arrive, il y a pas mal de monde. Je les connais déjà presque tous et j'en rencontre d'autres. Comme Blaise, dont je fais enfin la connaissance, depuis le temps que Yo m'en avait parlé. Il mixe du reggae/ragga. On discute musique et on envisage des soirées.
L'après-midi se passe tranquillement, on boit de la bière et du punch, en quantité modérée pour ma part. J'ai toujours du mal à me remettre du week-end d'avant mon départ. Bande de salauds va ! On joue au Jungle Speed, un jeu de cartes assez marrant qui demande observation et rapidité. C'est pas évident. Je gagne quand même une partie, allez savoir comment. On rigole bien. On lance quelques fléchettes pendant que d'autres se mettent sur la gueule à SoulCalibur, puis l'après-midi tire vers sa fin. Alors que le soleil se couche, on s'organise pour le repas. Je pars avec Severin pour passer chez lui récupérer un pote et on file dans un resto taiwanais. On commande encore plein de trucs, il n'y a plus de place sur la table. C'est trop bien ! Le groupe a pourtant diminué. Quand on sort du resto, nous ne sommes plus que quatre : Severin et son pote Adrien, Julien - sa copine Marie nous lâche lamentablement. Bon, ok, elle bosse le lendemain. Mais quand même ?!? ^^
Nous sautons dans un taxi, direction l'appartement d'Alex, une copine anglaise aux gens avec qui je suis, qui nous demande d'acheter du lait pour faire à manger. dans la simplicité des choses engendrées par la langue, on achète du yoghourt à boire, et non du lait. Facétie de la vie quand on vit à Shanghai. Arrivé à l'appart, je retrouve Clayton et son copain Matt ; un des français que j'avais croisé à la sortie du Tong Hui ; Sophie, une anglaise qui bosse pour SH, un journal local - celui dont Vincent m'avat déjà parlé la veille. Je récupère sa carte pour lui envoyer un mail avec mon cv. Elle va essayer de me pistonner. On verra bien.
La soirée continue dans la bonne humeur et la langue anglaise, même si nous sommes plusieurs français. Il faut bien inclure tout le monde dans les conversations. Il y a, dans la pièce, des français de diverses régions, des américains, des anglais, une bulgare, une afro-américaine... Le melting-pot qui façonne toutes les soirées à Shanghai.
Vers minuit, nous nous séparons. Séverin et son pote partent pour le Bar Rouge. Non merci, je connais ! Et je n'ai pas assez de sous pour jouer à l'expat flambeur. De plus, je dois voir Maxime, le manager du Logo, pour parler soirées. Julien m'accompagne : Arnaud doit y jouer aussi vers minuit. Nous partageons un taxi, direction Fa Hua Zhen Lu, Xingfu Lu - la première adresse que j'ai jamais apprise en Chine, puisque c'est là où Ai Li et Alex habitaient l'année dernière.
Nous trouvons Maxime qui me présente immédiatement à Antony, un grand black antillais qui bossent sur Shanghai mais faisait aussi un peu de son, en France, dans des sounds-systems. Nous nous entendons direct et commençons à envisager d'organiser une soirée reggae/dancehall régulièrement. Maxime est open. Le bar est presque vide. Il leur manque de bonnes soirée organisées et, surtout, de la com'. En distribuant quelques flyers dans les endroits un peu branchés et festifs de Shanghai, en faisant quelques affiches, on doit pouvoir drainer du monde. Va falloir se mettre au travail. En attendant je m'excuse et file à l'appart d'Ai Li pour poser mon sac et récupérer mon didje : des gens voudraient voir la bête et il y a peut-être moyen de jouer. Ce n'est pas très loin et je fais l'aller-retour assez rapidement.
Lorsque j'entre avec Collector, les gens sont quand même impressionnés. Il est beau, il est grand, il sent bon le sable brûlant.... Oups, désolé, je m'égare. Arnaud est en train de mixer. Ca cafouille un petit peu au début parce qu'il y a un problème avec les cds mais ça le fait quand même. Je lui montre le didje, il lève le pouce, on branche le micro. C'est parti ! Je joue pendant une bonne heure en essayant de m'adapter au programme varié qu'il passe. Il faut dire qu'à des moments, sur des morceaux de rock, le didje ne passe pas spécialement bien. J'en profite pour siroter ma Corona. Les chinois dans le bar sont assez surpris par l'instrument et le son qu'il produit. En tout cas, ça à l'air de leur plaire.
Finalement, Arnaud cède sa place à Maxime et à un autre dj que je ne connais pas. C'est du son plus house, plus club... le didje passe nickel. Le micro n'est pas spécialement fait pour un tel son mais ça envoie quand même. J'ai les lèvres qui faiblissent mais la vibration est trop forte pour que je m'arrête comme ça. Je bois quelques verres d'eau, reprends mon souffle et continue encore, le temps de quelques morceaux. Ensuite, je pose le didje et prends une percu. Didje et house, percus et house... Ca passe toujours aussi bien et ça donne des idées pour mettre l'ambiance pendant des soirées. Maxime à l'air content, le patron chinois à l'air content, moi je suis ravi. Je suis en Chine depuis moins d'une semaine et je suis déjà en train de jouer dans un bar. certes, pour ce soir, c'est un peu à l'arrache et c'est pour la gloire. Mais au moins je montre un peu ce qu'on peut faire avec un didje et l'idée séduit le public.
Le bar est quasiment vide à l'exception des musiciens, de leurs amis et du staff. Mais la musique continue toujours, inexorablement. Ca fait plaisir. Vers 3 ou 4h du mat', je fais la connaissance de Myles, un white guy sud-américain qui me demande direct combien je prends pour jouer du didje en soirée. Je suis surpris par la question. Même si j'y avais pensé, je n'avais pas encore établi de tarif. Je lui donne une fourchette, en fonction de l'endroit et du type de soirée, de 800 à 1.200 kwais. "1.500 if it's a big party goin'on !" je rajoute en plaisantant. Le prix n'a pas l'air de le surprendre. Il me dit qu'il est Music Consultant et qu'il organise des soirées pour des boîtes et des company. Ce matin encore, il était en plein brainstorming pour trouver une idée un peu neuve à présenter à sa team. Il me montre le didje du doigt en me disant : "Here's the news." J'acquiesce. Anytime, anywhere. Je suis toujours prêt. Je prends sa carte et lui donne mon numéro. Il faut vraiment que je passe faire la mienne pour pouvoir la tendre à mon tour, ça fait plus professionnel quand même. Surtout ici. Je joue encore un peu, pour lui donner une idée du son de la bête. Avec des percus, ça passerait nickel. Il m'annonce que les percussionnistes sont payés 1.500 kwais pour la soirée, alors il faut voir pour le didje. Mais il est persuadé que c'est une telle nouveauté qu'il cherchait et il a hâte d'annoncer à ses collègues qu'il a trouvé un didje player à Shanghai. Mon français s'anglicise de plus en plus à mesure que les choses s'accélèrent ici. Je le supporte. Je suis parfois perdu. Je ne sais plus quelle langue parler quand j'arrive devant quelqu'un, et ça m'est arrivé de parler pendant dix minutes en anglais avec un français - il faut dire que nous avions tous deux un bon accent ^^. Au moins je n'ai plus à parler en anglais à la police ferroviaire cannoise...
Lorsque je sors du bar, il est presque 6h, le jour se lève et la rue est déjà bien agitée. Les restaurants ont une cuisine qui a l'air de tourner en 24/7 et c'est le paradis des gens qui ont faim, pour de multiples raisons. Ca change de la Côte et de la galère pour trouver un kebab ou un petit sandwich à se mettre sous la dent au milieu de la nuit, voire à la fin. Ici, c'est non-stop living, non-stop eating - non-stop fucking aussi, pour les célibataires à tendance perverse, dont je ne fais, bien sûr, pas partie. Et je ne dis pas ça que parce que ma chérie va lire ces lignes. Je ne suis pas en Chine pour une certaine forme de tourisme. J'ai tant de choses à faire que j'ai du ranger ma libido dans le placard à breloques en attendant d'en avoir une vraie utilité. I'm a fucking artist, not an artist fucking !
Je lis quelques lignes avant de me coucher, la chaleur commence à gagner l'appartement. Il est temps de dormir avant qu'elle ne m'en empêche.
Le jour se lève sur Shanghai...

Sunday, October 08, 2006

Quand les choses s'accélèrent...

Neuf heures passe, ainsi que dix, puis onze et douze. Je dors encore. Je me réveille finalement à cause de la chaleur : le soleil tape dans l'appart. C'est une belle journée et je suis couché. Je le vis bien. J'envoie un texto pour avoir l'adresse exacte du pote chez qui on va bosser et je me prépare tranquillement, en bouquinant un peu. Je n'ai pas faim mais Ai Li si. Elle descend s'acheter des nouilles chez le musulman du coin. A 5 kwais le plat, je comprends qu'on ne fasse pas trop la bouffe par ici.
13h30, je monte dans un taxi, direction Henshang Lu. La maison d'Hector est sympa, un peu roots - cette précision, récurrente dans mes textes, signifie que Delphine ne pourrait pas y vivre, pour tout vous expliquer. Elle est située au bout d'une petite allée et semble bien tranquille au milieu de la ville. Le coin jardin est agréable bien qu'en bordel. C'est pour ça qu'on y travaille. Les chinois entretiennent sinon peu, du moins pas du tout leur habitation, et encore moins leur jardin. On passe l'après-midi à retourner la terre, enlever des pierres, disposer des briques sur une partie de la terrasse et discuter. Je rencontre également Clayton, un américain de l'Ohio que je soupçonne d'être homo, mais super sympa - comme quoi l'un n'empêche pas l'autre ! Nous sommes six ou sept à bosser sur le jardin, l'ambiance est détendue. Je joue un peu de didje, par intermittence, histoire de motiver les foules. Ca plaît bien. A la fin de l'après-midi, les briques sont posées, le jardin à peu près trié et les bières fraîches ouvertes. Je continue de jouer du didje.
Une fois les travaux déclarés finis, on rentre dans la maison et s'organise un tournoi de SoulCalibur sur une Dreamcast piratée reliée à un rétroprojecteur Epson. C'est terrible ! Je discute avec Hector et Severin des possibilités de jouer un peu de zik dans des bars ou des night clubs. Ils pensent pouvoir me faire produire, surtout que les chinois ne connaissent pas le didje. Le matin même, en venant, je me suis fait accoster trois fois par des chinois désireux de savoir ce que j'avais sur l'épaule. "Zhe ge ? (ceci) Music !" et comme une démonstration vaut mieux qu'un long discours, surtout quand on ne parle pas (encore) la langue, je fais vibrer la bête. Ca les surprend et ils me regardent en souriant. J'adore ce sourir. On ne sait pas toujours ce qu'il signifie mais ça fait toujours plaisir de voir des gens souriants.
Un peu plus tard, Hector, dit aussi Nectar, lance un peu de son et se mets à rapper, en se démerdant pas trop mal. Je me lance aussi et rebondis façon ragga style. Ca passe bien. "On devrait enregistrer" me dit-il "On a un pote qui a un studio". J'aquiesce. Je lui dis aussi qu'on pourrait chanter en soirée avec des gens qui mixent. Ca le branche aussi, on va étudier l'affaire.
Yo m'appelle et me propose de venir manger chez lui, sa copine Lou a invité des potes. J'ai du mal à partir de la maison parce que l'on chante, mais aussi car Clayton s'est lancé dans un poème slammé en anglais et qu'il ne s'arrête plus. Il est tout bourré mais son texte est pas mal et il assure aussi. La représentation finie, je pars rejoindre Yo et continue à pieds, direction Fuxing Lu. L'appart est clean, la musique sympa, les gens cools. Je fais la connaissance d'un couple de suisses dont le mari est dj - one more ! - et d'une chinoise qui parle un peu anglais et qui travaillent avec des artistes. J'embraye directement sur l'association Résocréa (www.résocréa.org) et lui dit que ça m'intéresserait de rencontrer des artistes chinois. Je rencontre également une autre suisse dont le copain s'avère être celui qui a un studio et dont Hector m'avait parlé. A Shanghai, vous n'avez pas que des connexions : vous avez des inter-connexions.
Lou est bonne cuisinière et j'apprécie grandement mon premier repas de la journée. On boit du vin rouge chinois et du Moutai, un alcool chinois à 53% qui arrache la gueule. On parle musique, vie à Shanghai, voyages et cultures. Un peu toujours les mêmes sujets impossibles à épuiser et sans cesse enrichis par de nouveaux interlocuteurs. Ca me plait. De plus en plus.
Nous sortons, après le repas, au Tong Hui, un bar sur 4 étages où Yo est déjà venu mixer. Il y a bonne ambiance et un sacré paquet d'expats. On se hoche la tête mutuellement quand on se croise au bar et on échange quelques politesses. C'est toujours agréable. Yvonne (la chinoise qui bosse dans l'art, et dont le nom occidental est, comme nombre de chinois, ridicule) me montre un livre sur des artistes, de Beijing, en me faisant un topo sur chaque peintre et en m'indiquant le titre des tableaux représentés. C'est super intéressant et elle a l'air de connaître du monde. On s'échange nos numéros et me dit qu'elle me pourrait me présenter à des amis artistes. Ca tombe bien, c'est ce que je cherche à faire.
Comme j'ai toujours mon didje avec moi et qu'on me demande pourquoi je n'en joue pas, je décide d'aller négocier avec le dj pour mettre du son dans le micro. Il hésite, veut pas trop, me conseille d'en parler au manager. Il a pas envie que je lui "vole" sa musique, mouais. C'est ce que me confirme une française Gaelle, designer, qui râle aussi pour que je joue. Elle avait un didjeridoo en France aussi. Finalement, je croise les managers, l'américain et le chinois, Michael et Ben (le chinois ^^). J'explique le deal, ils sont open, on tente le coup mais le micro est mal réglé : on n'entend pas grand-chose. On discute de nouveau et Michael me tend sa carte et me dit de l'appeler dans la semaine pour qu'on organise ça tout bien. Il a moins de 30 ans, sa mère joue du didje et l'idée lui plaît : ça devrait le faire. Pendant que j'y suis, je récupère aussi le numéro de Ben. Ca peut toujours servir.
Je reprends mon didje, satisfait malgré tout, et m'en vais siroter ma vodka redbull avec Yo et Lou. On croise "Coco", un homo chinois assez folle qui parle un peu français. Le didje l'intrigue, comme beaucoup autour de nous. Je souffle un peu, sans rien entendre, juste le temps de quelques photos. C'est marrant.
Je sors en même temps que Yo et Lou qui rentrent se coucher. A la sortie, nous croisons d'autres potes français et américains de Yo, et je reste avec le groupe en laissant les amoureux partir. Les gars sont cools et je ne me rappelle plus de leurs noms. Je retrouve également Clayton, encore bourré, et on squatte dans la rue, à côté du bar. Une voiture de police arrive pour faire la sortie parce qu'apparemment les voisins se plaignent du bruit. On vient nous voir deux ou trois fois pour nous dire de faire moins de bruit, enfin leur dire, parce que moi je déguste en silence une brochette d'agneau (j'espère) achetée à un vendeur sur le trottoir. Je discute quand même, toujours curieux de savoir ce que les gens font à Shanghai. La plupart sont d'humeur festive et me répondent vaguement. Juste avant de les laisser, je discute un peu plus avec Vincent, un des français, qui me demandent pour combien de temps je suis à Shanghai. "Tout dépend, si tous les projets que je veux mener aboutissent, je suis là pour un bout de temps.
- C'est quoi tes projets ?
- Musique, rencontrer des artistes, écrire des articles. J'écris déjà pour un magazine franco-japonais.
- Tu saurais écrire en anglais ?
- Oui, bien sûr, sans problème. Pourquoi ?
- Je bosse dans un journal d'évènementiel, et y a peut-être de la place pour quelqu'un en plus."
Je prends son numéro et promets de l'appeler au moment où il monte dans le taxi avant que les autres ne se barrent sans lui. Voilà, à peu de choses près, la discussion de ces trois minutes avant de rentrer. Voilà toute la magie de Shanghai et ce pour quoi je suis venu : le contact. Vous croisez des gens, vous discutez, vous vous entendez, vous imaginez, vous échangez des numéros... Vous n'êtes jamais certains d'aboutir à quelque chose de concret, il faut se bouger le cul pour faire avancer les choses, certes... Mais comme partout. Ici, l'avantage, c'est qu'en étant un tant soit peu sociable, ouvert et plein d'idées, vous pouvez rencontrer plein de gens et envisager plein de choses, parce que tout le monde baigne dans un courant, dans un torrent d'activités et que ce bouillonement incessant permet d'imaginer, de rêver, de croire, au bout du compte, que tout est possible. Lorsque j'ai acheté mon cellulaire, j'avais trois numéros à y rentrer : Ai Li, Alex et le fixe d'Alex. Quelques jours plus tard, j'en ai 15. C'est ça Shanghai !
Je saute dans un taxi, il est temps de dormir. Il est presque 3h.

Histoire de bonshommes chinois

Je me réveille assez tôt, de manière tout à fait prévue puisque l'alarme sonne encore après j'ai ouvert les yeux. Ma mission de la journée : mon téléphone portable. Le temps de nous préparer, de reprendre un peu conscience et nous voila partis dans les rues de Shanghai. Un petit arrêt au restaurant musulman, histoire de se remplir l'estomac pour avoir de l'énergie pour la journée et hop ! ma quête commence. Direction Xu Jia Hui. On va faire un tour dans la "boule", gros centre commercial imposant au milieu du carrefour. Sur plusieurs étages, des dizaines et des dizaines de comptoirs et de boutiques proposant les mêmes produits, le plus souvent, mais à des prix différents. Un étage informatique, un étage électronique, un étage téléphone : on se rapproche. En faisant le tour des vitrines, j'hallucine. Les prix sont assez élevés et la majeure partie des téléphones valent le salaire moyen d'un chinois, voire bien plus. Pourtant il y a du monde qui se presse devant les vendeurs. Moi j'hésite. On me propose plusieurs modèles de fabrication chinois, au prix inférieur, mais je me méfie, j'ai peur que l'usage soit délicat. Moi je veux un Nokia, parce que ce sont les seuls qui résistent à la dure vie que je leur fait subir. Il y a pas mal de Nokia disponibles, mais le prix dépasse les 200€ pour ceux qui me plaisent. Hors de question ! Nous ressortons, tentons le coup dans deux autres grands magasins. Les prix restent les mêmes. Nous prenons finalement un taxi, direction Fu Xing Lu, Xiang Yang Lu, où Alex nous a dit avoir acheté son portable, pour moins cher.
Au croisement, nous tombons sur un centre du même genre, en plus roots. Moins haut, moins clean, moins cher ! Un tour rapide, quelques questions à des vendeurs peu aimables. Je m'arrête à une boutique où ils ont l'air un peu plus sympa. C'est mieux pour négocier. Je lui dis que je n'ai que 1.000 kwais maximum pour un portable. Je ne veux pas d'appareil photo ou de trucs qui clignotent. Juste "bip bip bip - Hello"... that's all. Je mime l'action et sa fait rire le vendeur. Il va me chercher plusieurs modèles de Nokia, bien plus anciens. Je m'en fous, je sors d'une liaison intense avec un 3310, je suis prêt à tout. J'en choisis un en couleurs, quand même, et négocie le prix. Il en veut 600 kwais, je lui en donne 500. On s'entend finalement sur 530 kwais, après maints jeux de calculette. J'achète également mon numéro et une carte avec des crédits d'appels. C'est comme ça que ça marche ici.
Pour rentrer, nous prenons le métro. Let's go back to Xu Jia Hui. Le métro chinois est propre, rapide et sent bien moins mauvais que celui de Paris. Bon, ok, il est bien moins vieux aussi. Ceci explique celà. L'avantage, ici, c'est d'être grand : on a une tête un peu plus haut, donc plus d'air. Ca fait du bien. Nous rentrons à l'appart. Ai Li se fait une petite sieste pendant que je lis et écris un peu. Ce soir nous avons rendez-vous avec Alex, Yusuke - son boyfriend japonais - et sa mère, venue passer quelques jours en Chine. Nous avons rendez-vous à 19h30 au resto mais je passe chez eux une heure avant histoire de squatter encore internet : j'ai besoin d'écrire à ma chérie que je l'aime au moins une fois par jour, sinon je vais devenir fou. Pour un névrosé des contacts physiques comme moi, c'est le minimum vital. "Mon amour je t'aime et tu me manques !" Rien que ça suffit à me redonner de la force.
Nous rejoignons ensuite Ai li, déjà arrivée, à l'Arch, restaurant un poil fashion et qui propose un menu varié de plats occidentaux. Je me prends un bon chicken burger, avec du vrai poulet, pas comme au McDo, histoire de joindre l'Orient et l'Occident. Je suis entre des gens qui parlent français, anglais, chinois, japonais, mais tout en même temps ni aux mêmes personnes. Je sors les quelques phrases de japonais que je connais à la mère de Yusuke, ça la fait sourire, tout en hochant la tête. J'adore ça. Itadakimasu ! Bon, apparemment, les filles m'expliquent que j'ai l'air de lui plaire. C'est une japonaise avec 3 enfants, mon coeur, ne t'inquiète pas ! Mais ça fait toujours plaisir. Le repas se passe dans un mélange linguistique et une ambiance enfumée.
En sortant du restaurant, je reçois un appel de Yo, le dj avec qui j'avais chanté lors de mon dernier séjour. Je suis trop content : d'abord, c'est mon premier appel en Chine, sur mon cell phone, et ensuite parce qu'il me propose de le rejoindre à une soirée jazz-électro au Rojam, une boîte très hype - ce qui signifie un peu chère - située au 3è étage du Hong Kong Plaza. Je passe chez Ai Li poser mes affaires puis je saute dans un taxi, direction Dongpi Lu.
l'entrée est très cosy, il ya des chinoises habillées bizarrement qui me délestent de 70 kwais pour l'entrée... En Chine, ça fait chier quand même, mais bon, c'est pour la bonne cause. En effet, je rentre et rejoins Yo et d'autres gens, français, anglais, chinois. Les retrouvailles sont sympas et je suis présenté à quelques gens intéressants. Julien, dj résident en Chine, qui tourne pas mal dans le pays depuis 5 ans, Arnaud, un autre gars qui fait de la musique et un autre pote de Yo qui bosse dans le Real Estate. Je me pose au bar avec Julien et parle d'un peu tout. Il se trouve qu'il vient d'Aix, a étudié à la fac de lettres de Nice et connaît quelques endroits que je fréquentais aussi. Ca fait plaisir. On parle musique, art, vie à Shanghai, restauration. Il connaît un gars qui va peut-être ouvrir un resto comme je veux. Ca fait chier mais c'est cool, je peux peut-être me faire embaucher. Il connait aussi un groupe de percus qui tourne pas mal et qui pourrait être intéressé par un didjeridoo. J'ai bien fait d'emmener Collector avec moi ! Je prends son numéro, il récupère le mien et je passe mon adresse mail à Arnaud qui voudrait entendre ce que je fais. Ce n'est pas pour rien que je voulais un téléphone de suite : j'en ai plus que besoin vu le nombre de contacts que l'on se fait à Shanghai.
La soirée se passe, le groupe finlandais, Noch, qui joue est assez trippant, plus électro que jazz mais ça me plaît bien. Hélas ! Ca ne dure pas longtemps. Une fois leur performance accomplie, le dj chinois reprend les platines et balance une vieille techno un peu pourrie qui a vite fait de nous refroidir. On décide de bouger, sur une terrasse histoire de profiter du climat encore de doux de Shanghai. Direction, le O'Malleys. On saute dans un taxi. Le O'Malleys est un bar très irish, comme son nom l'indique, avec un coin jardin sympa. On m'explique qu'il était rempli de français pour une certaine coupe du monde contre l'Italie et que c'était le feu. Je veux bien le croire. On s'installe dehors et on commande une Carlsberg. Je suis avec Yo, Julien, Lou (la girlfriend chinoise de Yo, qui parle bien français et anglais) mais nous sommes vite rejoints par d'autres : Hector, un parisien déguingandé qui bosse dans une galerie d'art ; Severin, qui a monté une boîte de production vidéo et fait des courts-métrages par des clients ; Marie, la copine de Julien, professeur de modélisme (i.e. dans la mode). J'adore Shanghai. Trois jours seulement et je suis déjà entouré d'artistes ou de gens qui travaillent avec eux. J'adoooOOOooore ! Bien sûr, je prends des numéros, donne le mien, et je suis même convié à donner un coup de main pour du jardinage-bricolage chez Hector, qui habite une petite maison dans la concession française avec un petit bout de jardin. Rendez-vous est pris, i'll be there.
L'ambiance est calme, nous discutons de plein de choses, les gens sont cultivés et très ouverts. Je me sens dans mon élément. Je parle évidemment de mes projets et je propose d'amener mon didje le lendemain. Ca marche ! Les travaux de la journée les ayant tous bien crevés, chacun rentre chez soi assez vite. Il est 1h, à peine.
Je reprends un taxi et sors une cigarette, juste pour pouvoir demander si je peux fumer au chauffeur, en chinois, histoire de m'entraîner. Je me promets de trouver d'autres exercices pour éviter d'avoir de suite un cancer. Lorsque je rentre à l'appart, Ai Li, n'est pas couchée et regarde des Sex & the City. On se mets ensuite Snakes on a plane, que Delphine ne voulait pas voir. Sympa. Je me couche de suite, bien déterminé à attaquer la journée du bon pied. Je mets mon réveil à 9h.