Le Stand qui fait plaisir pour la Semaine FrançaiseJe dois vous avouer que ça commence à devenir de plus en plus difficile de dresser un énoncé clair et précis de chacune de mes journées à Shanghai. Et tout d'abord à cause des nuits. En effet, jusqu'à présent, même si je rentrais à 4h ou 5h du mat, je passais le temps nécessaire pour vous raconter mes aventures en détails pendant que mes souvenirs étaient encore chauds. Mais depuis ces deux derniers jours, cette simple activité se pare également du voile de la complexité. J'ai pris ma première cuite à Shanghai, ça y est. "Ca, c'est fait!" comme dirait l'autre. "Ce n'est pas bien difficile", me répondront ceux qui ont passé un de mes derniers week-end en France avec moi, et qui connaissent mon affection toute particulière pour le rhum. Alors d'accord ! Je ne suis pas un grand buveur, et c'est pour ça sans doute que je ne m'enflamme pas dans les bars et autres lieux de perversion alcoolisée, malgré le prix irrémédiablement bas des consos - j'en connais plus d'un qui finirait ivrogne ici... Mais bon, là n'est pas la question.
Tout ça pour vous dire que je diminue un peu le rythme, non pas de mes posts, parce que même si je n'ai rien à dire ça me fera toujours plaisir de le signaler - vous me connaissez ! - mais de la description détaillée que je vous livrais jusqu'à présent. Les choses avançant comme elles le font, je risque d'avoir moins de temps pour m'étendre dans les détails - sauf ceux bien croustillants, comme un baozi frit - et je vais devoir remplir tous mes objectifs, en temps et en heure. Et comme les heures défilent d'une manière assez étrange, mieux vaut être prudent. C'est vrai, ici, le jour semble avoir un rythme bien à lui. On peut tout à fait aller dîner au restaurant, puis aller voir des gens, boire une bière, discuter.... et quand on ressort, il est 6h du mat' et le soleil brille suffisamment pour que je remette mes lunettes. Avec ma cuite de vendredi soir, cet effet s'en est même trouvé décuplé. A 7h, j'étais sur un muret, dégustant goulûment mes baozis du matin - avec d'autant plus d'appétit que c'était mon premier repas depuis bieeeeeeeeen longtemps - en me rinçant le gosier avec mon reste de Carlsberg. Les chinois me regardaient avec un air mi-amusé, mi-critique, pensant sans doute assister, une fois de plus, à la déchéance de la race blanche occidentale. Et ils n'ont pas tout à fait tort. A l'heure où une bonne partie d'entre eux est déjà levée et sur le chemin du travail, moi, bourré, je mangeais sur le bord d'un muret, assis à côté d'eux. Au moins je me mêle au peuple chinois, contrairement aux occidentaux nourris de culture colonialiste, qui ne se mélangent jamais aux autochtones - aux "indigènes" me corrigeront-ils. Salauds !
Prendre une cuite est un constat alarmant, prendre une cuite un vendredi est une chose encore pire : il faut encore survivre au samedi soir. Mais pour moi, ma mission est simple : pas d'alcool. Ce n'est pas un objectif très difficile à remplir puisque mon estomac gère l'affaire, et qu'il me fait bien comprendre qu'il n'est pas d'accord. Je plie mais ne rompt point. Je me contente d'un bon film dans l'après-midi, d'un petit resto avec des gens... et je dois sortir. Je dis "je dois" - ça ferait un bon gimmick de chanson ! - parce que j'ai rendez-vous avec Yo au Blue Ice pour négocier les détails de la soirée - et je vous les passe - puis je dois aller au Bonbon, grosse boîte fashion à donf, pour voir jouer Blaise et, enfin, il me faut passer prendre mon didje et filer au Logo pour l'afterparty avec Sam, le dj américain à qui j'aimerais bien montrer mon niveau au didje. Bref, programme chargé et tête dans le cul : un charmant mariage. Mais j'assure.
La négociation se passe tranquille, je vous en dirai plus lorsque nous aurons fait le flyer de la soirée, pas avant - parce que c'est un blog public et qu'on ne sait jamais les espions virtuels qui peuvent venir fouiner. Le restaurant est agréable et la nourriture ravit mon estomac. Le Bonbon, et là je m'attarderai à peine plus sur la description, est hallucinant. Et pas forcément dans le bon sens du terme. Certes, c'est une grosse boîte. Des gens attendent dans les escaliers juste devant, et déjà on peut envisager la clientèle de l'endroit. A l'accueil, quelques hommes de mains style Yakuzas triadisés en costard impec', des petites chinoises qui ne vous sourient pas en vous réclamant 70 kwais pour rentrer. Ca fait cher pour ici. Je m'en fous, "Wo shi Dj" et mon nom est sur la Guestlist, et je dégoûte légèrement trois françaises en train de sortir leur portefeuille. Moi, on m'escorte jusqu'à l'entrée. Ca me plaît, bien évidemment.
A l'intérieur, c'est grosse ambiance. Hip-hop américain à donf, avec un gros black façon Jay-Z qui chante par-dessus, et une concentration de biatches impressionante. J'ai jamais vu des chinoises habillées comme ça. En France, et sans doute ailleurs dans le monde, une telle tenue vous conduirait de suite en prison pour proxénétisme aggravé. Ici, elles dansent sur les podiums, sans avoir été recrutées par la boîte, et exhibent strings au-dessus du taille-basse et porte-jarretelles apparents. C'est n'importe quoi. Je lutte pour trouver la backroom où joue Blaise parce qu'il n'y absolument aucune indication. Je suis sûr que 75% des gens dans
la salle principale ne savent même pas qu'il y a quelque chose derrière. Du coup il n'y a personne. Mais bon, il est payé pareil, alors il s'en fout. Il a bien raison. Je reste jusqu'à 1h, le temps de donner quelques cartes et de faire de la pub pour notre soirée, puis je file à l'appart chercher mon didje, direction le Logo, my second home.La soirée se passe nickel, il y a presque une cinquantaine de personnes qui afflue quand la musique bats son plein et je joue pendant deux bonnes heures. Sam pense aussi qu'il y a moyen de faire un truc, il me présente un autre dj résident de gros clubs locaux et on parle musique, évidemment. Je reçois un appel complètement trippé, à 4h du mat', de Myles, le sud-africain music consultant, qui me dit qu'il a des plans pour moi, qu'il attends des dates pour les soirées, que son associé est emballé par
l'idée, et que je ne dois surtout signer aucun contrat d'exclusivité si on m'en propose un. Bien évidemment, "i'm an artist, i just wanna be free !" lui réponds-je. Il me rappelera plus tard, parce qu'apparemment il ne peut pas trop faire de bruit. J'hallucine. Parfois, et même en anglais, on n'arrive pas à tout comprendre ce qu'il se passe dans cette big city of Shanghai.
l'idée, et que je ne dois surtout signer aucun contrat d'exclusivité si on m'en propose un. Bien évidemment, "i'm an artist, i just wanna be free !" lui réponds-je. Il me rappelera plus tard, parce qu'apparemment il ne peut pas trop faire de bruit. J'hallucine. Parfois, et même en anglais, on n'arrive pas à tout comprendre ce qu'il se passe dans cette big city of Shanghai.Lorsque je sors du Logo, il est encore 6h passé, le soleil brille, les oiseaux chantent - si si si ! - et les chinois hallucinent de me voir avec mon didje. Je suis l'attraction de tout le staff en cuisine au restaurant où j'achète mes baozis, alors du coup, pour leur faire plaisir, je leur montre ce que c'est et souffle pendant 5 minutes. Explosion de rires et sourires ravis sur tous les visages. Effectivement, ils n'ont jamais vu ça. Et ça leur plaît. Du coup, ils m'offrent même un baozi, pour me remercier du spectacle. "Ils sont vraiment oufs ces blancs !" doivent-ils penser. Et, encore une fois, ils n'ont pas complètement tort - surtout en ce qui me concerne.
Ainsi, ma première paie reçue en récompense de ma prestation à Shanghai : un baozi. Un jour, quand je gagnerai des sous, et peut-être ma vie, en jouant de la musique, je me rappellerai ce baozi, symbole du début de ma nouvelle existence en tant qu'artiste reconnu comme tel, enfin.

1 comment:
J'espère que tu as pris une photo de ce baozi! Ca sera une collector!!!
Bien content de voir que les choses se déroulent si bien, en tout cas la description que tu en fais fait penser que tu es comme un poisson nageant dans son élément... Ca doit te plaire!!!
Bisous
romrom, qui suit tes aventures ... d'aussi près qu'il peut!
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